Acte magique : langage de la conscience

 

La pensée n’est pas quelque chose d’homo­gène; on peut choisir de distinguer deux ma­nières de penser, coexistantes en chacun (1) — et qui sont aussi importantes l’une que l’autre — : la première, pensée rationnelle, s’exprime sous la forme de sa voix intérieure et elle utilise des mots. La seconde, pensée magique, s’exprime sous la forme de son intuition et elle utilise des images et des symboles.

Du fait qu’elle puisse être formulée par le langage, la pensée rationnelle permet de construire une base sur laquelle s’appuient des choses telles que le raisonnement et la logique; elle est divisible en unités sémantiques (c’est-à-dire de sens : les affirmations et propositions) ou morphologiques (les mots), elle est par nature le langage de la conscience. C’est avec elle que nous sommes le plus familiarisés — dans le monde dans lequel nous sommes, dans lequel vous êtes si vous lisez ces lignes.

chez francesca

Par contraste, la pensée irrationnelle est constituée d’atmosphères, de sentiments, de symboles, tout un ensemble de choses qui par nature ne peuvent pas être saisies dans leur totalité. En cela, elle ne peut jamais être totalement consciente — pour autant elle partage avec la pensée rationnelle des procédés cognitifs tels que le lien de cause à effet — ; en pratique, c’est un procédé très largement inconscient (2).

Or, l’inconscient dort caché, tapi derrière nos garde-fous, eaux profondes enfouies sous la partie consciente de notre personnalité et de nos perceptions. Occulté, sa puissance n’en est pas moindre, bien au contraire; les ressentis intérieurs possèdent cette force immense qui est celle de la capacité de nous court-circuiter.

Le fait de la possibilité d’un tel court-circuit de la conscience — l’on pourrait encore dire qu’il possède les clefs de la place-forte, et ainsi se moque des remparts — révèle quelque chose de fondamental : c’est par ce biais qu’agira de la façon la plus efficiente un moteur, une volonté interne. L’on connaît le triste destin en février des résolutions du Nouvel An; en revanche, inébranlables sont les résolutions que nous prenons tout au fond de nous-mêmes. Or, l’on pourrait croire qu’il n’y a aucun moyen d’agir dessus, parce que nous n’imaginons trop souvent que notre seule possibilité, c’est de se déclamer la résolution et se dire que l’on fera mieux que les autres fois; il n’en est rien. — Il faut agir au plus profond de nous-mêmes, au niveau de la pensée irrationnelle, materia prima qui seule, pourra court-circuiter notre éphémère volonté consciente — laquelle bien souvent porte déjà inconsciemment son propre frein elle-même.

Agir au plus profond de nous-mêmes.

Cela peut se faire au moyen de l’acte magique.

L’homme est un microcosme (3) . Chacune de ses terres peut être symbolisée en particulier par des objets; dès lors, il est possible d’utiliser l’un de ces objets comme une figuration de la chose sur laquelle l’on veut agir. L’objet est investi alors d’une vie magique, dès lors qu’en naît en notre esprit le lien symbolique. Toute action sur cet objet préfigure ainsi les actions sur ce à quoi il est lié — en quelque sorte, c’est agir bien plus directement que ce que l’on pourrait penser a priori sur notre inconscient. Or, seul celui-ci a besoin d’être modelé; l’on pourrait à la limite réaliser cet acte scrupuleusement et croire qu’il n’aura aucun effet sur notre volonté, que pourtant, intérieurement, le bouillonnement aurait déjà commencé, et tel une plaque électrique, chaufferait doucement mais inexorablement — amorçant une résolution bien plus réelle et efficiente que celles qui naissent et meurent en janvier.

C’est pour cela qu’il est si important de consacrer un lieu magique, de ne pas oublier l’ouverture et la fermeture du cercle lors de nombreux rituels, c’est pour cela qu’un envoûtement peut marcher sur quelqu’un qui n’y croit résolument pas et possède un esprit intelligent et rationnel (4) , que le triple retour existe; d’une manière beaucoup plus profane, c’est le même mécanisme qui rend compte de nombreuses situations de placebo et de manipulation d’autrui, ou encore expliquerait pourquoi une induction hypnotique marche (5) .

« Héloïse offre à Fabien une petite gemme d’une couleur signifiante, à une date signifiante, dans un lieu signifiant, dans un état d’esprit signifiant — avec prologue et épilogue — et elle passe doucement d’une main à une autre. Le regardant droit dans les yeux, Héloïse dit : « Je t’aime ». »

À jamais, cette gemme symbolisera leur lien, un véritable homoncule hermaphrodite qu’ils auraient alchimiquement créé, quand bien même ils feraient les plus grands efforts conscients pour se persuader du contraire et de son insignifiance. L’acte magique est plus fort que tout.

Ecce acta magica

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1 Le moment privilégié où il s’exprime à chacun est très certainement le rêve. À ce sujet et au sujet de l’incons­cient, la lecture de S. Freud et de C.G. Jung est particulièrement intéressante; voir par exemple Psychologie de l’inconscient (LDP), Essai d’exploration de l’inconscient (Folio essais).

2 On peut consulter à ce sujet C.G. Jung, dans les introductions de Métamorphoses de l’âme et ses symboles (LDP) ou encore de Psychologie et Alchimie (Buchet Chastel).

3 À propos de la sorcellerie, J. Favret-Saada a proposé une analyse intéressante dans Les mots, la mort, les sorts (Folio essais). Pour ce qui est de montrer l’importance de l’irrationnel sur l’homme — que l’on choisisse de le prouver d’une manière irrationnelle ou rationnelle — la lecture de Et l’homme créa les dieux (Folios essais) de P. Boyer s’avère passionnante.

4 Pour un résumé très intéressant de par sa clarté et sa concision sur ce vaste sujet, on peut lire Le sacré et le profane de M. Eliade (Folio essais).

5 T. Melchior propose l’explication d’une mise au diapason progressive du patient et de l’hypnotiseur, la voix de ce dernier se confondant peu à peu jusqu’à se substituer à la pensée consciente du patient — ce procédé se réalisant lorsque le patient se met à ne plus savoir si l’hypnotiseur opère une description de son état, ou une action : et c’est alors que ce qui n’était que description gagne la propriété d’également agir. À lire à ce sujet : Créer le réel, hypnose et thérapie (Couleurpsy).

Publié dans : CO-CREATION, ESPRITS, PENSEE, POUVOIR |le 25 novembre, 2016 |Pas de Commentaires »

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