Traverser nos peurs

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A la naissance, séparez un caneton des siens, élevez-le en laboratoire. Après quelques jours, projetez au-dessus de sa tête l’ombre d’un faucon : le caneton s’aplatit, corps et bec contre terre, signe qu’il a peur. Projetez l’ombre d’un oiseau migrateur : il n’a rien à craindre, et ne s’aplatit pas.

A l’instar des petits palmipèdes, chaque espèce a ses peurs, qui ont un sens en regard de sa survie. L’humain est ainsi naturellement prédisposé à redouter le noir, le vide, le froid, l’eau, la foudre, les animaux féroces, les regards fixes, les endroits clos… Mais qu’il développe une peur panique des coccinelles ou qu’il redoute le regard des autres au point de ne plus pouvoir sortir de chez lui, et l’on peut légitimement supposer que son « trouillomètre » est déréglé.

Pendant longtemps, l’explication dominante de ces terreurs incongrues a été celle de la psychanalyse. Freud voyait dans les phobies ou l’anxiété chronique la marque de l’échec du refoulement de pulsions sexuelles ou agressives inacceptables. Aujourd’hui, les comportementalistes privilégient plutôt l’explication « biopsychosociale ».

Ne pas dissimuler

D’un point de vue génétique, il semblerait en effet que le seuil d’acceptation physiologique et émotionnel de la peur varie d’un individu à l’autre. Dans cette perspective, les peureux seraient en réalité… des allergiques à la peur : s’ils paniquent à l’idée de prendre l’avion, ils redoutent plus que tout de ressentir les manifestations de la panique, convaincus qu’elle aura raison d’eux. Leur fragilité constitutive serait ensuite renforcée par des expériences malheureuses ou par une éducation qui surestime les dangers du monde et sous-estime leur capacité à y faire face.

Il n’est pas une peur que l’on ne puisse surmonter, même si son objet (les serpents, le regard des autres ou la mort) ne peut être effacé. Encore faut-il se résoudre à s’attaquer au problème. Malheureusement, le principal ennemi des grands anxieux et des phobiques, c’est la honte. Outre qu’ils consacrent une énergie colossale à éviter les situations anxiogènes, ils se compliquent terriblement l’existence en essayant de dissimuler leur peur à leur entourage. Leur vie devient ainsi une suite d’occasions manquées (un déplacement professionnel que l’on refuse par crainte de l’avion, un rendez-vous galant que l’on décline par peur de paraître idiot…) et beaucoup se réfugient dans la consommation d’alcool ou de psychotropes. Or, on est aussi peu responsable d’une peur maladive qu’on le serait de son diabète. En revanche, ce dont on peut prendre la responsabilité, c’est de se soigner.

S’exprimer

Parler de ses peurs permet de les dédramatiser. D’abord, parce que l’on a de fortes chances de constater que l’on n’est pas aussi seul qu’on le pensait. Ensuite, parce qu’il s’agit de sortir d’un monologue dans lequel on produit des pensées plus terrifiantes les unes que les autres (« Et si j’oubliais de me réveiller ? Et si j’avais laissé la porte ouverte ? Et si le ciel me tombait sur la tête ? »), auxquelles on apporte le plus souvent des réponses décourageantes (« Je ne m’en sortirai jamais, ce sera encore pire… »). Enfin, parce que ceux qui, dans notre entourage, sont parvenus à surmonter leur trac, leur phobie ou leur anxiété, ne manqueront pas de nous faire bénéficier de leurs stratégies. Ou de nous communiquer les coordonnées de leur thérapeute.

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Les mots de la peur

 La peur : c’est une réaction normale face à un danger réel (un molosse agressif, un ascenseur en chute libre…). Salutaire, elle permet de se protéger par l’immobilisation, la fuite ou le combat. Elle peut être surmontée par une explication logique ou lorsque le danger est circonscrit. 

L’anxiété : c’est l’appréhension d’un danger qui n’est pas encore apparu, qui peut ne pas survenir (tomber malade, échouer, ne plus être aimé…). Modérée, elle permet de prendre des précautions pour éviter les ennuis. Excessive, elle enferme le sujet dans une spirale d’inquiétudes et d’activisme destinés à réduire toute forme de risque. 

Le trac : c’est une anxiété d’évaluation déclenchée par le regard d’autrui : on craint d’être maladroit, jugé négativement. Elle devient maladive quand elle entraîne une véritable panique, une terrible honte de soi et un évitement chronique de situations banales (dîners, réunions, magasins). Le sujet souffre alors de phobie sociale. 

La phobie : c’est une peur disproportionnée devant ce que l’individu ressent comme un danger (un caniche joyeux, un ascenseur en fonctionnement…). Paniqué, le phobique perd tous ses moyens. Aucun raisonnement ne peut le rassurer. Sa liberté est restreinte par des stratégies d’évitement. 

A lire

Petites Angoisses et grosses phobies de Christophe André, illustrations de Muzo.
Pour affronter ses peurs avec humour, grâce à la pédagogie du psychiatre et le talent du dessinateur de BD (Le Seuil, 2002).

La Peur de tout d’Evelyne Mollard. 
Un ouvrage pointu, pour mieux comprendre les mécanismes de la peur et des thérapies comportementales et cognitives (Odile Jacob, 2003).

Arrêtez de vous faire du souci de Robert Ladouceur.
Agrémenté de tests et d’exercices, un guide pour s’aider soi-même (Odile Jacob, 2003).

 Francesca du blog http://channelconscience.unblog.fr/

Publié dans : GUERISON, PEUR |le 13 octobre, 2015 |Pas de Commentaires »

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