Archive pour le 8 septembre, 2015

Une âme unie à un corps

ame et corpsC’est un problème qui a été de tous temps soulevé par les philosophes et qui a reçu autant de solutions qu’il y a de systèmes, de savoir comment l’âme humaine est unie à son corps.

     Les uns font du corps un simple vêtement de l’âme : de même qu’on rejette un habit que l’usage a fripé ou rendu inutilisable, l’âme, à la mort, se dépouille de son corps, et, si de nouveau elle doit s’incarner, elle se revêtira d’un autre corps, à l’exemple du civilisé qui, au cours de sa vie, endosse l’un après l’autre une série de vêtements. Mais, s’il en était ainsi, on ne comprendrait plus l’attachement égoïste et passionné que, d’instinct, l’âme porte à son corps, comme si de la conservation de ce corps, dépendait la continuité de sa propre existence,

     D’autres définissent l’âme « la forme substantielle d’un corps organisé » et il y a certainement dans cette conception de l’âme, comme forme substantielle, un élément de vérité qui a pour contrepartie la notion d’une matière venant remplir cette forme. Mais pourquoi veut-on que cette matière soit précisément et avant tout le corps auquel l’âme est unie ? Sans doute, parce que l’âme humaine est liée à un corps, elle recevra de ce corps une partie des conditions qui règlent le cours de son existence et déterminent le champ de son activité. Mais, parce que, en soi, elle est une forme, l’âme a déjà besoin, en tant qu’âme, d’une matière qui offre immédiatement une prise à ses opérations et serve de terrain à sa manifestation : l’âme possède donc, indépendamment de la matière qu’elle trouve dans son union avec le corps, une matière qui lui est propre, une matière psychique, ou elle puise les éléments de sa vie intérieure et prend conscience d’elle-même.

     En présence de ces difficultés, quelques-uns ont tenté d’établir entre l’âme et le corps une sorte d’équilibre, de correspondance ou de parallélisme :. l’âme, disent-ils, est dans l’ordre psychique ce qu’est le corps dans l’ordre matériel et tout ce qui se passe dans l’âme comme état de conscience, se passe dans le corps comme mouvement physique. Cette doctrine, qui repose sur un postulat métaphysique qui fait de l’étendue un attribut de Dieu, possédant sous des qualifications différentes la même essence que l’attribut de la Pensée, implique entre l’âme et le corps une identité de substance, dont les modalités ne se distinguent les unes des autres que dans la manifestation phénoménale. Mais, s’il en est ainsi, la destinée de l’âme doit se confondre avec la destinée du corps ; or celui-ci se dissout à la mort ; dès lors, qu’advient-il de l’âme ? On répond qu’il y a de chaque corps en Dieu une idée qui demeure de toute éternité, et, puisque l’âme n’est pas autre chose en fin de compte que l’idée d’un corps, son immortalité est assurée du seul fait que l’idée du corps demeure en Dieu de toute éternité. Si la destinée de l’âme après la mort est ainsi garantie, il ne semble pas qu’on puisse en dire autant de la destinée du corps, et l’immortalité de l’âme n’est sauvegardée qu’au détriment du parallélisme.

     Certains ont bien compris que, ni l’âme ne renferme en elle-même la raison de son union avec le corps, ni le corps en lui-même la raison de son union avec l’âme, et ils ont cherché à introduire entre l’âme et le corps un intermédiaire qui opérât cette union. Mais, parce qu’ils ont conçu cet intermédiaire comme un « lien substantiel », ils se sont fermé la seule route qui conduisît à la solution du problème. Si, en effet, ce qui doit unir l’âme et le corps de manière à en faire un tout organique et vivant est une substance, de deux choses l’une : ou cette substance est absolument différente de l’une et de l’autre des deux substances, spirituelle et matérielle, dont elle doit assurer la liaison, ou bien elle tient quelque chose de l’une et de l’autre. Mais la nature, dans la mesure où elle est accessible à notre observation et à notre expérience, ne nous présente que deux espèces de substances : la spirituelle et la matérielle, et c’est pure imagination que de supposer l’existence d’une troisième espèce de substance, dont nous ne constatons nulle part la présence. Il faut donc se rabattre sur la deuxième hypothèse et dire que le « lien substantiel », qui fait l’union de l’âme et du corps, est quelque chose à la fois de spirituel et de matériel, à la manière de ces corps subtils ou fluidiques, dont les occultistes ne savent pas bien s’ils appartiennent encore au monde de la matière, ou s’ils sont déjà une manifestation de l’esprit ; et on parle finalement de « corps spirituel », comme si ce concept hybride n’impliquait pas une contradiction dans les termes.

     Si donc nous devons chercher en dehors de l’âme et du corps la raison métaphysique qui permet d’expliquer leur union, ce n’est assurément pas dans le domaine des substances naturelles que nous la trouverons. Mais en dehors du monde de la nature, il n’y a que Dieu : tournons-nous du côté de Dieu. 

De toutes choses il y a une idée dans l’entendement divin, de celles qui sont comme de celles qui ne sont pas, et aucune chose ne vient à l’être, dans le monde de la nature, qu’elle n’ait tout d’abord été conçue par Dieu dans sa pensée éternelle et infinie, dans son Verbe. La création est précisément l’acte par lequel Dieu opère, selon les décisions de sa volonté toute-puissante et libre, ce passage de l’idée à l’être. Puisque toute chose qui est possède ainsi une double réalité : d’abord une réalité idéale en Dieu, puis une réalité existentielle dans le monde de la nature, il ne peut en être autrement de l’âme humaine. Avant qu’une âme soit posée dans l’être par l’acte créateur de Dieu, elle a déjà en Lui une existence idéale et la question est de savoir en quoi consiste cette existence idéale.

     Parce que Dieu est toute Sagesse en même temps qu’il est toute Puissance, il ne saurait rien y avoir dans la nature qui ne possède sa raison d’être et ne reçoive sa finalité. Le Cosmos est un organisme vivant, dont l’évolution est régie par une Intelligence qui ne peut pas se tromper et qui met chaque chose à sa place, de façon que chaque chose, par le rôle qu’elle joue dans l’ensemble, coopère à l’harmonie totale et aide l’univers à remplir sa destinée.

     L’âme humaine a sa part dans ce concert, et sans doute la part la plus belle et la plus importante, puisqu’il a suffi de sa défaillance à l’origine des temps, pour entraîner dans sa chute toute la nature et qu’il a fallu l’intervention d’un Dieu rédempteur pour rétablir la création dans sa pureté et sa beauté primitives.

     Et chaque âme humaine a son rôle propre à jouer sur cette scène de l’Univers où elle ne fera que passer et où sa manière de le remplir décidera de son sort éternel. C’est l’objet particulier du rôle que Dieu confie à une âme qui constitue sa personnalité, sa « persona », et qui est marqué du nom secret que nul homme ne connaît, si ce n’est celui qui le recevra à la fin des temps, en témoignage de sa fidélité à la mission dont il fut investi. La « personne » est, dans l’être humain, l’idée divine qui poursuit à travers l’espace et le temps sa réalisation au moyen de deux agents qui sont précisément l’âme et le corps 

Extrait de « L’âme humaine » par GABRIEL HUAN sur le blog de Francesca http://channelconscience.unblog.fr/

Publié dans:AME |on 8 septembre, 2015 |Pas de commentaires »

Le téléphone spirituel : une forme de néo-chamanisme

CHAMANEReste à savoir si la pratique du « téléphone spirituel » doit être considérée comme une forme de néochamanisme. Si l’on s’en tient aux caractéristiques du néochamanisme telles que précédemment évoquées – la décontextualisation, la psychologisation et l’idéalisation du chamanisme – il n’en est rien. En effet, les pratiques du « chaman téléphoniste » se rattachent à une cosmologie particulière, celle des Yagua, même s’il innove dans certaines de ses techniques ou qu’il s’adresse à des esprits en provenance d’une autre culture que la sienne, comme le « docteur en chirurgie » ou le « Dieu catholique ».

D’autre part, la dimension psychothérapeutique est absente : ni lui, ni ses patients ne cherchent à faire un travail sur eux-mêmes. Ce chaman ne possède pas non plus les mêmes idéaux que ceux qui circulent dans le milieu néochamanique : à l’instar de la plupart des indiens, il s’éloignerait par exemple très volontiers de la nature s’il en avait les moyens, pour aller vivre dans une maison de ciment en ville, avec tous les biens matériels qu’il pourrait posséder. De même, sur le plan spirituel, ce chaman doit toujours être sur ses gardes, puisqu’il peut être attaqué à tout moment par un esprit malfaisant ou par un autre chaman. Ainsi, il me racontait les nombreuses fois où il avait dû prendre part à un combat dans ses rêves ou encore quand il avait reçu ou envoyé des fléchettes invisibles empoisonnées à d’autres chamans. Il est donc autant admiré que craint. Ainsi, il arrive souvent qu’un chaman ait des conflits pouvant mener jusqu’à la mort. 

Je suggère l’idée selon laquelle les caractéristiques essentielles du néochamanisme ne peuvent surgir que lorsque les chamans amazoniens ont un contact fréquent et/ou prolongé avec des Occidentaux, comme c’est le cas pour certains chamans installés en ville ou soignant principalement des touristes européens ou nord-américains.

Un jour, un chaman de l’ethnie Shipibo, vivant près de Pucallpa, en Amazonie péruvienne, m’a confié que pour être un bon chaman aujourd’hui, il fallait être à la fois un médecin, un sage et un chef d’entreprise. En tant que bon businessman, il ne travaille plus qu’avec des touristes à la recherche de fun ou de spiritualité. Pour lui, le chamanisme est devenu une « affaire qui roule ». 

Les cérémonies que ce chaman organise prennent un tout autre sens que celles qui s’adressent à des apprentis chamans locaux. En général, en Amazonie, l’initiation chamanique se passe entre un maître et son élève, dans un lieu retiré. Régulièrement, le maître invite l’apprenti à boire des décoctions de plantes hallucinogènes pour entrer en communication avec le monde invisible. Les esprits rencontrés lui permettent d’acquérir un certain savoir, puis un pouvoir pour agir sur le monde des êtres humains. Ainsi, le chaman peut créer ou maintenir un certain équilibre (ou un déséquilibre) tant au niveau écologique, biologique que social. 

Ce que l’on pourrait appeler le « chamanisme pour touristes » est bien différent. Très souvent, les cérémonies se déroulent avec un grand nombre de néophytes qui cherchent à vivre une expérience intense avec une plante aux effets visionnaires puissants. Dans ce cas, son séjour est de courte durée. Parfois, il désire retrouver une spiritualité perdue, une harmonie avec la nature et effectuer un travail sur soi qui s’apparente à du « développement personnel ». Il séjourne alors quelques semaines, voire plusieurs mois dans un centre chamanique pour Occidentaux. Le nouveau savoir et les pratiques chamaniques transmises dans ce cas s’apparentent souvent au néochamanisme, si l’on s’en tient aux quelques caractéristiques que j’ai mentionnées. Comme pour le « chamanisme téléphonique », le « chamanisme touristique » nous montre que les chamans sont d’excellents jongleurs, en ce sens qu’ils peuvent manier des savoirs et des pratiques de provenances multiples. Leur grande force est de s’adapter à toutes les situations socioculturelles se présentant à eux. 

Le « chamanisme pour touristes » pourrait lentement glisser vers une forme nouvelle de néochamanisme, nouvelle en ce sens que ce ne sont pas des Occidentaux qui se réapproprient des traditions chamaniques, mais des chamans amazoniens qui modifient certains concepts, certaines pratiques pour s’adapter à la demande occidentale. Ni bien, ni mal, ce glissement est une conséquence à la fois de la capacité d’adaptabilité des chamans, mais aussi de la mondialisation qui, à sa manière, touche l’Amazonie et ses habitants.

Marie-Laure Schick sur le blog de Francesca : http://channelconscience.unblog.fr/

Publié dans:AMERINDIENS |on 8 septembre, 2015 |Pas de commentaires »

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