Visiter les frontières de la mort rendrait-il plus vivant

 

Rencontre avec le Dr Jean-Jacques Charbonier

L’existence de la vie après la mort a toujours soulevé de grands questionnements depuis la nuit des temps. Est-ce qu’une partie de nous survit après la mort du corps physique? Voilà un mystère qui semblait insoluble il y a à peine quelques années de cela, mais qui commence aujourd’hui à trouver des réponses fort intéressantes.

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La science se penche de plus en plus sur cette question, entre autres par les recherches faites sur les expériences de mort imminente (EMI). L’un des fervents défenseurs de la thèse de la survie de la conscience après la mort du corps physique est le Dr Jean-Jacques Charbonier, auteur de plusieurs livres, dont Les 7 bonnes raisons de croire à l’au-delà et Les 3 clés pour vaincre les pires épreuves de la vie.

 

Dr Charbonier, vous êtes aujourd’hui médecin, anesthésiste-réanimateur.

Vous vous destiniez pourtant à une carrière de médecin généraliste. Qu’est-ce qui vous a conduit vers cette spécialisation? 

Le rôle du médecin généraliste m’apparaissait être la meilleure façon d’être en contact avec les gens. En allant les retrouver dans leur habitation, je pouvais prendre en compte tous leurs problèmes familiaux. J’ai vécu une expérience durant une garde d’aide médicale en urgence qui m’a complètement bouleversé. Ce jour-là, sur les lieux d’un accident, il m’a fallu entrer dans la carcasse déformée d’une voiture par un trou qu’on avait découpé sur le toit. Je devais perfuser le jeune homme avant de pouvoir le sortir de la voiture. Du fait de mon inexpérience et de mon émotion, je n’y suis pas parvenu. C’était la première fois que je voyais mourir quelqu’un sous mes yeux en me sentant responsable de sa mort. 

J’ai vu sa pupille se dilater et j’ai senti une étincelle de vie qui s’échappait de son regard. Ici, les mots me  manquent pour traduire mon ressenti. Dans ma chair, au plus profond de moi, j’ai senti qu’une « présence » quittait son corps par le haut de son crâne. Cette présence était vivante, joyeuse. Ça peut paraître bizarre de dire que c’était vivant et joyeux, mais c’était pourtant ça. J’ai alors compris que nous sommes un esprit habitant un corps jusqu’au moment de la mort et que, lorsque la mort survient, cet esprit se libère. Je me suis souvenu du livre qu’avait écrit Raymond Moody, La vie après la vie, et j’ai su que je devais faire des recherches sur ce phénomène. En pratiquant la réanimation, je comprendrais mieux ce que vivent les gens dans le coma. J’ai donc choisi de devenir anesthésiste-réanimateur.

 

Qu’est-ce que cette prise de conscience a changé dans votre vie professionnelle? 

Avant cette expérience, j’étais complètement intoxiqué par mes études de médecine qui m’avaient fortement orienté vers le dogme matérialiste, concevant l’être humain comme une sorte de robot biologique et le médecin comme un réparateur de robot. En fin de compte, on se fout pas mal du conducteur, de l’esprit qui habite le corps, alors que c’est la façon de piloter le véhicule terrestre qui est la plus importante. Le cancer peut être considéré comme un voyant rouge qui s’allume pour nous dire que quelque chose ne va pas. Mais nous, en bons réparateurs de robots, on ne s’occupe que du voyant rouge! On va tenter de l’éteindre par la chimiothérapie, la radiothérapie ou la chirurgie. On ne doit pas s’étonner de voir ensuite un autre voyant rouge surgir. On n’a fait que supprimer sa conséquence organique sans traiter la cause initiale qui appartient au domaine de l’esprit. 

L’autre défaut de la médecine pratiquée en Occident est  de déshumaniser la relation médecin /malade en créant une distance, alors qu’il faut considérer l’être vivant dans sa globalité sans toutefois « infantiliser » ce rapport soignant-soigné. 

Mes recherches sur les EMI m’ont démontré que nous sommes avant tout un esprit dans un corps et qu’il faut aussi, et peut-être même surtout, s’occuper de l’esprit. En ce qui me concerne, je m’adresse à l’esprit. Notamment, je parle à la personne dans le coma comme si elle pouvait m’entendre. Je lui donne de l’amour. Je la touche. Je dis aux familles de lui envoyer des pensées d’amour. Même par télépathie, ça peut fonctionner. Nous avons eu des retours de comateux qui nous l’ont prouvé. 

Votre vie personnelle a-t-elle été transformée aussi? 

Oui. Je suis maintenant beaucoup plus tourné vers les valeurs humaines que les valeurs matérielles. Je suis plus heureux parce que je suis plus tolérant vis-à-vis des autres. J’ai développé l’envie de communiquer par l’écriture, les conférences et les ateliers, choses que je n’avais jamais pensé faire. Et je n’ai plus peur de la mort du tout. Comme ma propre mort ne me fait pas peur, celle de mes patients ne m’effraie plus. Je peux donc mieux les accompagner. Je ne vois plus la mort comme un échec, mais comme une étape fondamentale de la vie, aussi importante que la naissance. Ce n’est pas triste du tout. Ce qui est triste, c’est la séparation qu’elle engendre. Nous pleurons sur nous-mêmes, sur la relation avec l’autre qui ne pourra jamais plus  être la même. Si les gens pouvaient se libérer de cette peur de la mort, ils seraient davantage dans l’amour, tournés vers les autres. On aurait une société complètement différente, plus orientée vers l’amour et la spiritualité. 

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Comment définiriez-vous la conscience? 

C’est un des plus grands mystères de l’humanité, bien plus important que l’astronomie, car la conscience est en nous. La seule façon pour moi de l’expliquer est forcément réductrice, mais je crois que nous avons deux sortes de conscience : une conscience analytique et une conscience intuitive. La conscience analytique est reliée à nos cinq sens; elle nous situe dans le temps et l’espace en favorisant notre réflexion : « Je suis moi parce que je suis ici maintenant… » Dès que la conscience analytique s’éteint, soit au moment de la mort clinique, du coma, du sommeil physiologique, lors de périodes de méditation, d’expansion de conscience, de stress intenses ou d’efforts physiques, une autre forme de conscience émerge reliée à toutes nos perceptions extrasensorielles. C’est ce que j’appelle la conscience intuitive qui nous permet de communiquer avec d’autres champs de conscience tels que la Conscience Divine, la conscience artistique, la conscience des défunts ou l’inspiration. 

L’intuition, la prémonition et toutes ces facultés extrasensorielles y compris la télépathie et la médiumnité seraient secondaires au fonctionnement de cette conscience intuitive. Le problème, c’est de faire taire la conscience analytique pour que nous puissions être reliés à notre conscience intuitive. 

Y avons-nous tous accès? 

Oui, à condition de pouvoir faire taire la conscience analytique qui fait un bruit aussi assourdissant que constant. Pour certains, c’est impossible, car ils sont complètement fermés à ce genre de démarche. Ils ont le potentiel de le faire, mais pas forcément la volonté d’y accéder. 

Comment abordez-vous le sujet de la mort avec vos patients?

Que dire à une maman qui vient de perdre son enfant? Je crois que la seule façon, c’est d’être là, dans la  compassion, et d’écouter sa colère, son déni. Ces émotions font partie des étapes normales du deuil d’un être cher et, parfois, elles sont vécues très violemment. Il m’est arrivé d’être attaqué physiquement lorsque j’ai  annoncé qu’un enfant venait de mourir. Je comprends cette violence. C’est une façon d’extérioriser son chagrin. J’essaie de faire cette annonce le plus calmement possible, mais le traumatisme est inévitable. Je reste avec eux et j’écoute leurs cris, leurs douleurs. C’est difficile, je ne m’y ferai jamais. Je n’ai pas de solution miracle à cette souffrance. Mais il est essentiel d’être là, simplement, en tant qu’être humain pour partager cet évènement terrible. 

Selon vous, le moment de notre mort fait-il partie de notre plan de vie ou est-il aléatoire? 

Je crois que le moment de notre mort fait partie d’un plan de vie bien établi pour chacun de nous. Nous avons aujourd’hui accès à des outils de réanimation de plus en plus puissants pour faire reculer l’échéance. Mais ce recul fait aussi partie du plan de vie de la personne. Pourquoi une personne va-t-elle vivre avec un rein greffé et mourir ensuite au bout de dix ans? Parce que ça faisait partie de son plan de vie, compte tenu de l’évolution de la technologie actuelle. Je crois que mon travail fait aussi partie du plan de vie de la personne, comme tous les soignants et les médecins. 

Pour vous, la réanimation peut-elle être vue comme une forme d’acharnement? 

Tout dépend du contexte… Ce sera de l’acharnement pour une personne en phase terminale d’une longue maladie, mais pas pour un jeune sportif victime d’un arrêt cardiaque. Autrefois, on ne faisait pas de massage cardiaque. Le coeur s’arrêtait et on faisait le constat du décès. Je crois que nous devons mettre à la disposition des gens tous les moyens possibles pour continuer le voyage terrestre. Mais l’acharnement ne s’arrête pas au massage cardiaque, il peut être subtil tel que l’acharnement affectif. Il arrive que des gens refusent de laisser partir un proche en fin de vie et l’empêchent ainsi de quitter leur corps. Une femme était venue me voir, désespérée, parce que son père n’arrivait pas à « partir » alors qu’on ne faisait presque plus rien sur le plan de sa réanimation. 

Je lui ai dit : « Vous devriez faire comprendre à votre père que vous l’autorisez à partir pour qu’il puisse se libérer.

» Elle a quitté mon bureau et elle est revenue très vite vers moi. Alors que je croyais l’avoir choquée par mes propos, elle m’a dit : « J’ai fait exactement ce que vous m’avez dit et papa est parti dans les 15 minutes. » C’était donc elle qui retenait son père alors qu’il n’attendait qu’une chose pour passer dans la lumière : l’autorisation de sa fille! Les personnes en fin de vie ont de la difficulté à partir parce qu’elles sentent qu’on les retient de ce côté terrestre par une forme d’égoïsme affectif. 

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Vous venez de publier un nouveau livre, Les trois clés pour vaincre les épreuves de la vie. Quel est son principal message?

 En montrant la façon dont fonctionne la conscience, on peut facilement comprendre comment se comporter face aux expériences qui nous semblent les plus cruelles et qui nous font néanmoins grandir. C’est plutôt choquant ce que je vais dire, mais j’ai déjà rencontré des gens qui m’ont dit : « J’ai perdu mon enfant et ça été une chance. » Il faut assurément avoir fait un sacré travail sur soi avant de raisonner ainsi, mais cette expérience terrible peut aussi ouvrir un chemin sur le monde spirituel. Je suis convaincu que dans nos plans de vie toutes nos épreuves sont là pour nous faire grandir. Je veux donc expliquer la façon dont on peut se connecter au champ des consciences par notre conscience intuitive pour parvenir à vaincre toutes ces épreuves. 

Que signifie être pleinement vivant, pour vous? 

Être pleinement vivant, c’est être dans cette forme d’amour inconditionnel dont nous parlent les gens qui ont vécu des EMI. Je n’arrive jamais à être à ce niveau d’amour inconditionnel. Je m’en suis approché quelques fois bien sûr, mais ce n’est jamais comme ils me le décrivent. Malheureusement, je pense qu’on ne sera pleinement vivant qu’au moment de notre mort. D’ici là, on peut donner de l’amour aux  autres… Ce n’est que comme ça que l’on peut se sentir pleinement vivant, existant, et surtout utile.

  • Source : Magazine Vivre de juillet 2013
Publié dans : ESPRITS, La MORT |le 14 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

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