C’est écrit

 

1271L’individu semble bien aveugle et démuni quant à son devenir, déléguant souvent le rôle du déterminant à un projet céleste préétabli : “ C’est écrit ! ”. Lecture de signes venus du ciel ou de tout autre support et recherche de règles conditionnant l’impondérable participent donc à des spéculations concernant une organisation qui préside à l’avenir…

De nombreuses traditions drainent ainsi une anticipation du futur inhérente à des signes codifiés. Tel enfant d’être né coiffé sera, par exemple, envisagé sous le ciel de la chance. Lecture des lignes de la main ou présages, comme le vol de corbeau, gardent aussi un poids certain dans les traditions. On note de plus que les légendes ou les contes fourmillent de prédications, le plus souvent funestes ; il en est ainsi des oracles de Delphes qui signent le destin d’Oedipe, avec Tirésias qui lui révèle ses actes involontaires. La belle au bois dormant est soumise – quant à elle – à l’augure d’une sorcière mécontente, qui sera atténué, comme souvent dans les contes, par un renversement de situation. La place des oracles dans les diverses habitudes marque donc l’intérêt de chaque être pour son avenir. De son côté, si la Providence inscrit les individus dans un gouvernement divin, et qu’il faudrait de fait accepter les choses telles qu’elles se produisent, il n’en demeure pas moins que notre rôle dans le monde nous préoccupe en permanence. Il ne s’agit d’ailleurs pas tant de savoir par “ qui ” mais, plutôt, “ à quoi ” et “ pour quoi ” chacun est “ appelé ”.

Un large champ d’interprétations


C’est parfois les coïncidences de l’existence, voire les épreuves, dans leurs effets de compréhension après-coup, qui tendent à imposer l’idée que la destinée n’est pas jouée aux dés ou soumise à un pur hasard. Les connexions que chacun peut trouver, comme par exemple dans ses caractéristiques zodiacales, sont parfois troublantes et il n’est pas rare qu’une difficulté transitoire nous permette quelque temps après d’adopter une nouvelle perspective : que penser, ainsi, de ce retard inopportun qui nous permet d’échapper à un accident ? D’où que viennent hypothétiquement ces signes du destin, ils peuvent être perçus comme des causes influençant le sujet dans ses caractéristiques de vie ou comme l’effet d’une dimension supérieure ayant un impact sur l’existence. De plus, il est notable que l’inscription initiale de la destinée semble souvent prendre sa source en amont ou au moment de la naissance : c’est l’oracle fait à Laïos avant la conception d’Oedipe qui signera son destin. Il en est de même pour Narcisse dont Tirésias prédit qu’il vivra vieux s’il ne se mire jamais. Les thèmes astraux et les signes astrologiques associent, quant à eux, les caractéristiques individuelles ou les événements probables d’une vie en fonction du lieu et de la date de naissance. Freud suggère, de son côté, que “l’anatomie, c’est le destin !”, resituant le sujet du désir dans sa sexuation, soit son corps réel, tout en laissant là au lecteur un large champ d’interprétations : il ne mentionne pas, en effet, de quel être l’anatomie scelle l’avenir de l’individu. Le fantasme se construisant toujours en relation avec quelque chose de réel, donc de physiologique, on peut supposer, entre autres, que l’anatomie de la mère ne soit pas pour rien dans la destinée du sujet…

Sur ce même problème, les recherches biologiques ne dépareillent d’ailleurs pas de l’idée communément admise. Elles s’intéressent à la dimension relationnelle qui influencerait le devenir de l’individu ; le distinguo entre génotype, soit l’ensemble des caractéristiques écrites sur le génome, et phénotype qui regroupe les signes qui s’actualisent en fonction de la relation au milieu, laisse en effet songeur ; c’est, suivant ce principe, en fonction d’un lien tissé avec l’environnement, que telle ou telle écriture se réalisera, un seul génotype pouvant permettre potentiellement l’apparition d’une infinité de phénotypes distincts. Serait-ce alors les liens premiers, eux-mêmes saisis dans une écriture qui lui pré-existerait, qui engageraient pour toujours l’avenir de l’individu?

Détermination ou prédétermination ?


De s’incarner à un instant précis au sein de l’Univers, de la société, de la famille et, pourquoi pas, de Dieu, l’Homme initierait alors sa destinée. D’être lié, avant même sa naissance, à diverses inscriptions, le sujet serait donc déterminé, voire prédéterminé. Face à cette écriture du destin, toujours à même de s’actualiser ou de se réaliser, il conviendrait dès lors de s’interroger car, quoi qu’il en soit, nous sommes et restons les actants de notre existence !

Malgré une certaine forme de mercantilisme qui voudrait nous faire croire au bonheur à tout prix, être tributaire de son destin ne mène pas toujours à la félicité mais reste plutôt un gage d’évolutivité et de bon sens. Le signe d’une vie accomplie se révèle bien plus souvent par des petits bravos que par une gloire sans partage. Il suffit de plus, la plupart du temps, de se retourner après, ou même pendant l’épreuve, afin d’apprécier le chemin parcouru. Cela permet de s’apercevoir que celle-ci nous concernait en propre. En vue du gain de maturité ou de compréhension auquel les faits nous ont permis d’accéder, ceux-ci ont de toute manière toujours leurs raisons d’être. Dans une certaine mesure, seul ce qui nous est personnel peut nous parler, et c’est bien là le signe d’une écriture des faits dans laquelle nous sommes au tout premier plan. À chacun alors de permettre aux pages du livre qui nous est délégué de continuer de se tourner…

 

Francis Breillat du Magazine Signes et Sens

Publié dans : 2015 - PREDICTIONS, KARMA |le 4 mars, 2015 |Pas de Commentaires »

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