Archive pour le 17 décembre, 2014

L’art de la Hedge-Witch

Par Geraldine Lambert, traduit par Sam’ et Xael

c0a15b24835df309cf9a786fce6033eaJ’ai toujours été intéressée par le concept de mondes alternatifs, où les perceptions de la réalité sont en dehors de notre quotidien mondain. Cette fascination et l’expérience rêvée d’un autre monde m’ont donné envie d’en savoir plus sur l’art de la hedge-witch1 et les autres méthodes pour passer dans le monde surnaturel. Une hedge-witch ou haegtesse est connue sous plusieurs noms – la passeuse, celle qui marche entre les mondes, la sorcière des  frontières, etc. En passant dans un autre monde, la sorcière est à cheval entre deux existences différentes, le monde de l’invisible et le monde ordinaire de la forme. La hedge-witch ou passeuse est un nom donné à ce type de pratiques. 

Ce sont souvent des femmes, mais pas toujours. Il s’agit d’une voie solitaire, bien que certains covens soient constitués de passeurs qui se rencontrent en astral, d’autres covens de diverses traditions peuvent inviter un passeur ou une passeuse dans leur cercle pour qu’il/elle pratique son art. Une hedgewitch est donc une personne qui franchit spirituellement la frontière entre ce monde et l’autre dans le but d’acquérir connaissances et  informations, expériences et aventures. Ces expériences peuvent être soudaines et spontanées ou élaborées en utilisant, par exemple, une préparation à base de plantes et des outils pour induire une transe et donner le moyen   de voyager pour que l’expérience ait lieu. D’autres voies sont similaires en ce sens, comme le chaman, médium et voyant pour n’en nommer que quelques-unes. En projetant sa conscience, la hedge-witch passe la frontière vers le monde du sublime, partie cachée de l’ensemble, le monde en dehors de la réalité perceptible. 

L’origine du terme hedge-witch ou hedge-rider2 est lié à l’esprit de la haie (hedge en anglais), il est prouvé qu’il était utilisé par les anciens peuples germains. Mike Howard note dans son article «Glossing the Hedgewitch» que la signification de l’expression «boundary crosser»3 est répertoriée dans les vieilles lois de Vastogoland (Europe du Nord) vers 1170. Il précise : «femme, je vous ai vue chevaucher une clôture4, vos cheveux et ceinture lâches, dans l’habit d’un troll5, au moment où le jour et la nuit sont égaux.»6 

Howard pense que la clôture se rapporte à l’ancien Gandr nordique (baguette  magique)7. Cette «baguette» aurait peut-être été fabriquée à partir d’une haie qui divise symboliquement les mondes. L’habit du troll était une cape invisible et le moment de la journée, sans être ni le jour ni la nuit, est symbolique de l’entre deux, moment magique pour travailler, au crépuscule ou à l’aube. Dans le livre d’Eric de Fried «Hegde Rider», il affirme que «heks» vient du néerlandais moyen «haghetesse», qui signifie «hedge-rider» ou «esprit de la haie», qui signifie aussi l’âme de la haie. Le terme hedgerider apparait aussi dans le vieux norrois, «hagsissand», et dans le vieil anglais, «haegtesse».8 

La définition du terme «hedge rider» est une référence symbolique à la clôture ou la haie comme limite de démarcation entre un lieu et un autre, ou un monde et l’au-delà ou Autre Monde. Les haies de prunellier, aubépine et sureau étaient les plus habituelles et ont été utilisées pour protéger les gens et animaux des envahisseurs et animaux sauvages (il est également curieux de voir que la maison de la sorcière est en bois de sureau dans le folklore). Avant, le village était considéré comme un lieu de protection et de sécurité. La vie était plus «civilisée» pour les villageois dans les limites de la haie, parce que les autres étaient là pour offrir de l’aide en ce qui concerne la société, les compétences et la nourriture. Cependant, contrairement à la vie du village, au-delà de la frontière, les choses étaient plus imprévisibles et dangereuses. La terre et les forêts étaient pleines de dangers démoniaques, comme les bêtes sauvages et les étrangers, les esprits des eaux et des bois. Le monde sauvage au-delà de la haie était effrayant et inconnu. C’est pourquoi la nature sauvage est nommée l’au-delà ou enfers, où les esprits sauvages et familiers président. La haie a été le séparateur de ces deux endroits et «l’entre deux» du monde familier et de l’inconnu sauvage. C’est pourquoi la chevaucheuse de frontières ou hedge-witch est un nom qui décrit symboliquement la personne qui voyage entre les mondes, avec un pied de chaque côté de la barrière, pour ainsi dire. 

Il y a différentes façons de voyager entre les mondes et de nombreuses portes d’entrées. Certains trouvent que c’est une expérience spontanée qui peut se produire sans préparation ni avertissement. Cela peut être très perturbant au début, mais comme pour toutes choses pratiques, cela fait partie de la vie d’une sorcière de vivre l’extraordinaire ainsi que l’inconnu. Dans son livre «Magic, Witchcraft and the Otherworld», Susan Greenwood décrit l’autre monde comme «le royaume des divinités, esprits et autres êtres expérimentant un autre état de conscience. On considère l’au-delà comme faisant partie d’un ensemble holistique coexistant avec l’ordinaire, la réalité quotidienne ; il est source d’une puissance effrayante.» 9 

En allant dans l’Autre Monde, le voyageur peut percevoir beaucoup de visions, images et sons, avec les yeux de son esprit. Une fois que la signification de l’expérience vient ou fait sens, cela devient ce que j’appelle un moment crucial, quand le sens caché s’explique soudain dans le monde ordinaire. J’appelle cela des «vraies rêveries» parce que leur signification et leur action passe de l’esprit dans le monde physique et logique et/ou une action peut alors être prise. C’est comme pour les prémonitions et prophéties, où les expériences se produisent pendant une transe ou un rêve par exemple, et sont transmises par le communicant qui comprend les évènements passés, présents et futurs, aussi bien que les esprits errants qui parlent avec les Déesses du destin ou des esprits enseignants.

 

Outils magiques et méthodes pour entrer dans l’autre monde 

Les actes magiques ne peuvent pas toujours se produire spontanément, aussi il faudrait explorer d’autres méthodes et outils pour atteindre ces états modifiés de conscience.  La répétition et les activités banales peuvent aider à se préparer à atteindre des états de transe pour voyager. Des activités telles que le chant et le plain chant, les percussions, la marche et la danse en continu contribuent à atteindre cet objectif. Les outils pour la divination et la clairvoyance comme les surfaces réfléchissantes, par exemple des bols d’eau ou miroirs, les flammes de bougie et les images picturales du tarot peuvent être utilisés pour entrer en transe à des fins de voyance.

 Surfaces réfléchissantes

En tant que praticienne de la divination par le miroir, j’ai constaté que les surfaces réfléchissantes sont un moyen  utile et efficace pour entrer dans l’espace alternatif, et aussi une façon de rencontrer des entités et esprits. Les surfaces réfléchissantes ont toujours été considérées comme magiques, qu’il s’agisse de l’eau, d’une boule de cristal, de métaux polis (bronze et cuivre) ou de miroirs. Les miroirs traditionnels avaient du mercure ou vif-argent peint derrière la surface du verre, ce qui permettait aux forces de descendre sur le plan terrestre et aussi d’élever le niveau de la conscience humaine. Les miroirs vus avec les «yeux psychiques» (le front ou troisième oeil, les poignets ou l’estomac/plexus solaire) peuvent recevoir des empreintes où des symboles, formes et signes apparaissant à divers moment du travail de transe. C’est une façon de traverser l’abîme pour trouver un sens et des réponses aux questions et aussi pour rencontrer des entités spirituelles qui vivent au-delà de cette sphère. 

images (9)Les miroirs ne font pas que refléter les objets de la pièce, ils projettent également des images vers l’astral aussi bien qu’ils reçoivent l’énergie de l’observateur dans son processus. Dans certaines maisons, les miroirs sont recouverts lorsqu’une mort a eu lieu dans la famille pour empêcher le défunt de revenir à travers le miroir dans le monde des vivants. Je me souviens de ma grand-mère recouvrant les vieux miroirs de sa maison avec des draps pour que l’esprit de mon grand-père ne soit pas tenté de revenir. Elle disait que les reflets avaient un mauvais effet sur lui et que nous devions l’aider sur son chemin. La surface réfléchissante est un moyen de franchir l’abîme pour trouver un sens et des réponses aux questions et de rencontrer des entités.

 

L’art du miroitement

L’art du miroitement ou de la métamorphose consiste à transférer sa conscience dans une forme animale dans le but de servir physiquement la sorcière. Dans la tradition européenne, il y a beaucoup d’histoires de sorcières qui gardaient des animaux comme familiers, esprits assistants, ou qui se transformaient physiquement en lièvres, souris et rats. Dans le folklore nordique, Freya est capable de se transformer en faucon tout en portant une cape de plumes magiques qui la rendent invisible. On lui prête aussi la capacité de pouvoir invoquer ou projeter un double astral lors d’un voyage spirituel. Hans Peter Duerr écrit qu’il existe des rapports montrant des femmes sud-américaines qui, en mâchant certaines graines, voyageaient dans l’autre monde pour rencontrer des esprits et se transformer en animaux.10 L’illustratrice et graveuse sur bois Claire Leighton rapporte dans son livre «Country Matters» comment une sorcière locale a été vue se transformer en lièvre qui s’est fait tirer dessus par un fermier. L’artiste raconte que le jour suivant, la sorcière soignait une blessure qui était sur le même côté de son corps où le lièvre avait été touché.11 La métamorphose en animal est aussi le sujet d’une chanson folk, The Fith Fath song. Les paroles de la chanson décrivent la transformation en diverses créatures avant de «rentrer à la maison» sous le nom de La Dame ou Le Dieu Cornu. Tous ces exemples montrent comment l’esprit de la sorcière peut se déplacer dans différentes formes pour devenir une partie du monde naturel sauvage. Cela montre comment nous pouvons interagir avec ces mondes comme un ensemble, à travers les yeux de la conscience. 

Envol, herbes et baumes

L’usage d’herbes et de baumes spécifiques pour faciliter le voyage et l’envol dans l’Autre Monde a souvent été débattu et a été un sujet d’intérêt chez les chercheurs comme chez les sorcières. Hans Peter Duerr dans son chapitre sur les baumes des sorcières (Dreamtime – l’heure des songes) présente un compte-rendu historique dans lequel une femme accusée de sorcellerie, appelée Agnes Gerhardt, avoua sous confession en 1596 avoir, avec ses compagnes, frictionné la plante de leurs pieds avec un baume confectionné à base de tanaisie,  d’ellébore, d’asaret frit et mixé avec un oeuf afin de «s’envoler vers la danse telle des oies des neiges».12 Duerr prétend que les recettes collectées pour les pommades d’envol ont été recueillies à la base dans les écrits de physiciens, astrologues et scientifiques passionnés de «magie naturelle». Certains de ces «baumes végétaux» comportent des plantes connues pour aider le sommeil en provoquant la fatigue. Celles-ci incluent l’Hyoscyamus niger, la ciguë, la «moonshade», le tabac, l’opium, le crocus et les feuilles de peuplier. Cette liste comprend des herbes réputées populaires dans les baumes magiques d’envol actuel. Je devrais aussi mentionner que certaines de ces plantes contiennent des alcaloïdes toxiques qui peuvent provoquer la mort si elles ne sont pas utilisées avec discernement. 

images (10)Duerr continue en donnant davantage d’exemples historiques de ces herbes et pommades «efficaces». Il écrit : Andrés Leguna, en 1750, parle d’une «certaine pommade végétale, telle que le baume de peuplier», avec laquelle les sorcières s’enduisent. Son odeur oppressante et désagréable indiquait qu’elle était composée d’herbes soporifiques telles la ciguë, les solanaceae, l’hyoscyamus niger et la mandragore.»13 Un autre baume contenant de la potentille, de la belladone, de la berle douce, du salsifi des prés, du céleri sauvage et de l’aconit toxique est censé permettre aux femmes d’«imaginer qu’elles volent» et leur induire des «rêves de danses, où elles se gavent de musique».14 Dans cette déclaration, la célèbre belladone et l’aconit extrêmement toxiques sont mentionnés, bien qu’il soit possible que les autres herbes de la liste aient pu être utilisées en tant qu’aide spirituelle convenant à l’individu. 

Que ce soit en rêvant qu’elles volent, en mangeant et se gavant de vin, les sorcières mentionnent leur rencontre avec Frau Holda, la reine d’Elphame15 et parfois avec le diable lui-même. Ces déclarations ont principalement été faites sous la torture durant des interrogatoires menés par l’inquisition. L’usage spécifique de plantes permet à la sorcière de s’unir à l’esprit de la plante en vue de former un partenariat. Il est admis qu’une fois cette alliance créée avec la plante (ou l’animal/l’esprit en général), la sorcière peut accéder à son énergie16 ce qui a pour effet que la plante communique avec elle par l’intermédiaire des rêves et du sommeil. Une fois encore, il est question de la nature de la conscience et de la même façon que les métamorphes animaliers, la sorcière peut moduler ses états de conscience pour se relier aux plantes, aux esprits des lieux aussi bien qu’aux éléments des dimensions des autres mondes. 

Bien que franchir les frontières (psychiques) peut être effrayant, cela peut procurer des expériences plus profondes et plus stimulantes d’envol et de vision, de transformation et de perception du double ou de l’esprit lui-même. Les visions obtenues et la connaissance reçue peuvent être comme une pensée soudaine, ou peuvent apparaître à travers le contact avec l’esprit et par des références symboliques dont les sens peuvent être multiples pour la sorcière qui les décodera. J’ai découvert que parfois les informations apparaissent comme un film animé ou comme un territoire étranger où j’observe la scène de dessus, à environ une hauteur de 3 mètres. 

Ce n’est qu’un exemple, il y a de nombreuses façons de recevoir des informations avant de pouvoir les interpréter et les utiliser afin d’améliorer une situation. Je pense qu’il est important de mentionner que cette information reçue ne vient pas toujours sous la forme de mots ou de messages, et certaines connaissances peuvent apparaître sous des formes dérangeantes et étranges. Robin Artisson dit dans son essai «Sur l’ensorceleuse et la passeuse de haie», «l’inconnu est toujours une réalité, un tout. Mais l’autre côté de la vie, le monde inversé, contient à la fois un penchant sombre et chaotique de ce monde, et à la fois un autre penchant, aux pouvoirs plus étendus et plus puissants.»17 

En résumé

Toutes les méthodes et les témoignages mentionnés donnent un éclaircissement sur les façons de voyager dans les différents niveaux de la réalité alternative, l’Autre Monde, où les forces spirituelles et élémentaires, la mort, l’ombre et les autres puissances peuvent être expérimentées et recherchées. La sorcière passe-haie voyage sur cette route cachée et agit de sorte qu’un pont entre le Soi (l’ego) et les autres, le visible et l’invisible, l’ombre et la lumière, les relie pour qu’ils ne fassent plus qu’un. Contacter les ancêtres appartenant à l’Autre Monde apporte un sentiment de totalité, une unité holistique dans l’existence en complétant la vie quotidienne et ordinaire. A l’instar des enseignements du Tao silencieux, le monde de la sorcière passe-haie est complété de différentes parties qui sont chacunes une facette de ce Tout. C’est le développement de la réunion de ces connexions qui permet la communication et l’information nécessaire pour voyager au-delà de la frontière.

 

Article publié dans Dolmen Grove Issue 2

1 – La «sorcière passe-haie». Dans la culture germano-nordique, les haies sont considérées comme des frontières, tout comme les portes, entre différents espaces psychiques

2 – «chevaucheuse de frontières»

3 – «passeuse»

4 – Chevaucher une clôture dans l’idée de pouvoir ouvrir et fermer le passage et passer d’un état à l’autre.

5 – Être surnaturel féerique

6 – M. Howard, Glossing the Hedgewitch, The Cauldron 127 Feb 2008

7 – Le Gandr pourrait être aussi un bâton. Certains Gandr sont surmontés de tête d’animal (surtout de cheval, dont l’esprit est réputé notamment en chamanisme pour véhiculer et guider l’esprit lors d’un voyage dans un autre monde). D’aucuns prétendent même qu’il s’agirait de l’ancêtre du balai de sorcière et l’équivalent réduit des mats chamaniques (grâce auxquels les chamans évoluent sur différents plans de conscience).

8 – E. Hedge Rider, Vries, Pendraig 2008

9 – S. Greenwood, Magic,Witchcraft and the Otherworld, Berg 2000

10 – H.P. Duerr, Dreamtime, Blackwell 1985

11 – C. Leighton, Country Matters, Victor Gallancz 1932

12 – H. P. Duerr, Witches Salves, Dreamtime, Blackwell 1985

13 – H.P. Duerr, Dreamtime, Blackwell 1985

14 – H.P. Duerr, Dreamtime, Blackwell 1985

15 – Royaume des elfes/fées

16 – «shadow» dans le texte original, «l’ombre» est souvent associée à l’énergie que dégage une personne

17 – R. Artisson, Connecting the Hex and the Hedge Crosser

Publié dans:MAITRISE, NATURE |on 17 décembre, 2014 |Pas de commentaires »

Un autre imaginaire

 

images (8)L’imaginaire est la voie royale vers l’inconscient. Dans une optique psychanalytique, l’imaginaire n’est ni illusoire ni mensonger, ce mot désigne tout ce qui se manifeste par des images : les songes de la nuit, les rêveries de la journée, les fantasmes et les mythes, ces éléments collectifs dont, selon Jung, nos âmes ont besoin pour se nourrir spirituellement. Et n’oublions pas que, pour les psys, les fictions ont elles aussi une valeur de vérité : les petites histoires que nous nous racontons, les pensées vagabondes qui nous accompagnent tout au long de la journée, les scénarios que nous forgeons véhiculent nos désirs inconscients et des pans enfouis de notre personnalité. Même s’ils nous semblent absurdes, ils ont l’utilité de nous remettre en contact avec le petit enfant que nous avons été. « L’image est une force agissante, il est légitime de la faire agir », écrivait le psychanalyste Charles Beaudoin (In De l’instinct à l’esprit- Imago, 2007). Des techniques telles que l’hypnose, le rêve éveillé, la visualisation ou les tests projectifs s’appuient justement sur son pouvoir créateur.

Le refuge de notre mauvaise foi ?

 « Je ne crois pas en l’existence de l’inconscient, affirme le philosophe Robert Misrahi. Nous sommes toujours conscients, présents à nous-mêmes. L’inconscient n’est que le nom que nous donnons à nos obscurités, à nos complicités, nos passivités et nos ignorances. » (In Savoir vivre, manuel à l’usage des désespérés, entretiens avec Hélène Fresnel – Encre marine, 2010). Pour de nombreux penseurs, en particulier Jean-Paul Sartre, l’idée d’un inconscient n’est qu’un prétexte pour démissionner en tant qu’humain responsable. C’est le refuge de la mauvaise foi et de la lâcheté : « Je ne savais pas ce que je faisais, ce n’est pas moi, c’est mon inconscient. » En réalité, Freud nous invite à rendre l’inconscient le plus conscient possible. Pour son héritier, le psychanalyste Jacques Lacan, nous sommes responsables de lui. Nous avons à en répondre, ce qui signifie que nous devons connaître et affronter nos pensées et nos fantasmes inavouables, même si cela nous coûte moralement. C’est tout l’objet de la cure analytique.

 

Une zone dans notre cerveau ?

« Les avancées des neurosciences, les sciences du cerveau, confirment les intuitions de Freud sur la réalité de l’inconscient, assure Boris Cyrulnik. Et les théories analytiques permettent aux neurobiologistes de mieux saisir ce qu’ils observent. » Loin d’enterrer Freud, de nombreux neurobiologistes tels Jean-Pol Tassin, ou neurologues tels Lionel Naccache, auteur du Nouvel Inconscient (Odile Jacob, 2009) vérifient ses hypothèses depuis plusieurs décennies. Il n’existe pas à proprement parler de siège central de l’inconscient. Mais trois zones cérébrales sont impliquées dans les processus inconscients : les structures limbiques (le royaume des émotions et de la sensibilité affective), les zones associatives du cortex ou` se créent les liens entre les idées, les mots et les choses, et les aires sensorielles. Le développement de la neuropsychologie permet également de mieux comprendre pourquoi nos conflits psychiques se traduisent si fréquemment par des maladies psychosomatiques, des douleurs physiques. En effet, le cerveau traite les mots exactement comme les sensations physiques. Une insulte est ressentie de la même facon qu’une gifle. Cette analogie explique pourquoi, après un choc, au lieu d’être malheureux, angoissé, nous pouvons nous sentir relativement serein… tout en nous mettant curieusement à souffrir de dorsalgies, de migraines ou de douleurs abdominales.

Un inconscient du corps ?

Les recherches actuelles le montrent : l’inconscient, ce n’est pas seulement « dans la tête », c’est toute une organisation psychocorporelle. Depuis la fin des années 1980, les neurobiologistes se penchent sur un deuxième inconscient, « cognitif ». Comme le décrit Boris Cyrulnik, il s’agit d’une mémoire purement corporelle, sans souvenirs, sans désirs secrets ni pensées honteuses. C’est grâce à lui que nous accomplissons les gestes du quotidien : nous laver les dents, sortir de chez nous, sauter dans le métro, rentrer, composer le code de la porte d’entrée sans même nous souvenir des chiffres, automatiquement, sans y réfléchir. Cet inconscient « corporel » explique aussi pourquoi sans le vouloir beaucoup d’enfants maltraités deviennent des adultes maltraitants. Ils ont intégré dans leur corps les gestes de la violence. Il peut également rendre compte des fausses allégations : une femme peut, par exemple, porter plainte « aujourd’hui » pour viol et éprouver le fait d’avoir été violée parce qu’elle l’a réellement été « dans le passé ». Son inconscient cognitif ayant conservé la trace du drame, il aura suffi que le sourire d’un homme dans le métro lui rappelle celui de son agresseur pour réactiver le drame. Si nous voulons vraiment comprendre nos émotions, nos vrais désirs, sortir de la spirale infernale de l’échec et nous épanouir, il est urgent d’accepter d’écouter notre inconscient.

 A lire

La Transcendance de l’ego de Jean-Paul Sartre (Vrin, 2003)

Publié dans:GUERISON, HUMANITE |on 17 décembre, 2014 |Pas de commentaires »

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