Sables émouvants

 

Jim Denevan par Virginie Luc

images (1)La plage est son refuge et sa page blanche. Inlassablement, l’artiste américain y trace des œuvres gigantesques et éphémères.

Jim est né le 27 juin 1961 à Santa Cruz, en Californie. Sa fascination pour les grandes étendues vient de l’enfance. « La plage est la page blanche sur laquelle je dessine comme je respire. C’est aussi mon refuge », dit Jim, surfeur émérite, issu d’une fratrie de neuf enfants élevés par leur seule mère, professeure de mathématiques.

Il a ainsi tracé des centaines de dessins sur le sable des plages de Californie, sur les lacs asséchés du Nevada ou la glace du lac Baïkal, en Sibérie. Seul, le plus souvent. Des heures, parfois des jours à inscrire des figures géométriques « presque parfaites » – la spirale du chiffre d’or, des cercles selon la séquence de Fibonacci… Des œuvres gigantesques, balayées en quelques minutes par la marée, le vent ou la neige. 

« Je n’assiste pas toujours à leur disparition. Ou seulement en partie. Je n’éprouve alors aucun regret. J’aime assez ce moment, quand la vague gomme le dessin. Il y a en moi un reste d’enfance, j’éprouve toujours le même émerveillement devant le spectacle de la nature. Elle est une œuvre en soi et un vivier d’œuvres possibles. » 

Depuis quelques années, les médias et galeries le convoitent. Il s’en étonne et s’en méfie. Quelques-uns de ses dessins ont été photographiés, mais jamais pour être vendus. « Ce qui m’importe, c’est l’acte en lui-même. Pour mon seul plaisir. Pour ma santé aussi. Je marche de longues heures en silence. C’est un travail très physique. Très solitaire. La plage boit mon inquiétude. »

« Mes dessins naissent d’une attraction, comme celle de l’océan et de la lune », dit Jim qui aime à vivre le temps « comme un présent continu », plus influencé par les philosophies orientales que par les théoriciens du land art. 

Goûter l’instant. Dans les tracés d’un dessin comme dans la préparation de mets succulents. Tout commence en 1999, quand Jim, alors chef cuisinier dans un petit restaurant de Santa Cruz, initie des dîners à ciel ouvert, dans des lieux improbables. Un minibus, une poignée d’amis, une grande table nappée et une cinquantaine de convives venus avec leurs assiettes. Le festin de Jim survient sur l’isthme de Puget Sound, au nord de Seattle, au moment précis où la marée transforme le bras de terre en une île. Puis un autre sur le delta de la rivière Sacramento qu’on rejoint au terme d’une heure de marche dans les marécages… Depuis, plusieurs fois par an, avec un succès grandissant, Jim organise ses banquets dans la nature, convie des chefs étoilés à cuisiner les produits des fermiers des environs pour une fête de tous les sens. 

Dans ses dessins ou dîners éphémères, ce qui se donne à vivre, c’est « une expérience de l’espace, du lieu, du temps et du mouvement », résume Jim, artisan d’instants aussi fugaces qu’inoubliables.  

www.jimdenevan.com

 

Publié dans : ARTISTES PEINTRES |le 14 juillet, 2014 |Pas de Commentaires »

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