Archive pour le 6 juin, 2014

Les peuples de la Forêt Amazonienne

Déforestation, barrages : le combat sans fin du chef Raoni

téléchargement (10)La première fois qu’il est venu en France, c’était en 1989. Le chanteur Sting l’avait tiré de son coin de nature. Très vite, Raoni Metuktire, chef suprême du peuple kayapo, est devenu l’emblème d’une forêt amazonienne qui souffre de l’exploitation massive de ses ressources. À l’époque, sa tournée n’avait pas été vaine. Différents dirigeants, dont François Mitterrand, s’étaient mobilisés pour mettre au point le PPG7, un programme de conservation de la forêt vierge brésilienne. Sous le patronage de la Banque mondiale, un demi-milliard de dollars avait été mobilisé en 1992 pour protéger, jusqu’à aujourd’hui encore, des millions d’hectares et les peuples qui y vivent.

Aujourd’hui, carte à l’appui (voir vidéo), le chef Raoni, accompagné de son neveu et successeur, le cacique Megaron Txucarramãe, souhaite remobiliser les esprits à l’occasion de la Coupe du monde de football, organisée au Brésil. Il n’appelle pas à boycotter l’événement, au contraire : il veut y voir un relais précieux pour les idées qu’il défend, sans relâche, depuis un quart de siècle. Outre la déforestation galopante, dopée par le commerce illégal de bois, bien trop peu régulé selon les deux Kayapos, les projets d’infrastructures hydrauliques font peser des risques bien réels sur leur peuple et leur mode de vie. 

Plusieurs entreprises françaises – EDF, GDF mais aussi Alstom – ont déjà investi ou aimeraient le faire dans des projets de grands barrages en Amazonie. Le plus emblématique est celui du Belo Monte, dans le nord du pays, dont la mise en service est prévue pour cette année. Il est situé en dehors des territoires indiens, mais il gênerait déjà le cours des poissons dont se nourrissent les Indiens. De plus, la zone inondable pourrait « tuer des Indiens » qui ne sont « même pas informés » du projet, estime Megaron Txucarramãe.

Peu de solutions sur la table

Sauf que le chef Raoni n’a plus la même énergie que par le passé : il se dit fatigué, il a dépassé les 80 ans. Il est tombé malade à Paris et a dû écourter certaines de ses interventions. Chaque interview, chaque déplacement, aujourd’hui en France, demain aux États-Unis ou au Japon, lui coûte un peu plus alors qu’il préférerait « manger du poisson frais » et « se baigner avec sa famille ». Même si la relève est assurée, sa cause n’a plus de parrain aussi médiatique que par le passé. L’époque elle-même ne semble plus aux grands mouvements : « Des peuples peuvent être détruits, mais cela n’est que peu ou pas relayé. On touche pourtant là à des choses essentielles », reconnaît Gert-Peter Bruch, président de l’ONG Planète Amazone, qui accompagne le cacique Raoni dans sa tournée.

Alors qu’il l’avait déjà reçu en 2012, François Hollande a cette fois décliné la sollicitation du chef indien. Pourtant, ce dernier aurait bien besoin du soutien de la France pour porter la seule initiative qui pourrait mieux sanctuariser le poumon vert de la planète : élargir le champ de compétences de la Cour pénale internationale. « Aujourd’hui, il n’y a pas de possibilité juridique de stopper des projets qui provoquent des écocides », plaide Valérie Cabanes, juriste et bénévole pour l’ONG. Il faudrait voter un amendement aux statuts de la CPI pour qu’elle puisse juger ce qui relève des crimes contre l’environnement. On aurait pu ainsi condamner l’utilisation de l’agent orange, pendant la guerre du Vietnam. » Et aussi, espèrent-ils, faire reconnaître la déforestation massive comme un acte « quasi génocidaire ». Ce projet d’amendement sera présenté à l’ONU en 2015, mais il a besoin du soutien d’au moins 81 pays pour être adopté. À part cette éventuelle mesure, les caciques indiens, malgré les applaudissements de nos députés, sont bien démunis face aux défis qu’ils dénoncent. 

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Le code forestier de 1965 limite l’usage agricole des terres en obligeant les propriétaires de forêts à en préserver une partie intacte, jusqu’à 80% en Amazonie. Elle protège également des zones sensibles comme les rives des fleuves, les sommets et les côteaux des collines.

Le puissant lobby agricole brésilien a remporté une victoire au détriment des écologistes avec l’approbation par les députés d’un projet de loi polémique assouplissant la protection de l’Amazonie. Après deux ans de discussions, la révision du code forestier de 1965 a finalement été approuvée mardi soir et ce projet de loi devra maintenant passer devant le Sénat.

Avide de repousser les frontières agricoles, le secteur agricole et de l’élevage réclamait une réforme de la loi.

Immense pays de 8,5 millions de km2, le Brésil possède aujourd’hui 5,3 millions de km2 de forêts, essentiellement en Amazonie. « La Chambre des députés a transformé la loi de protection des forêts en un passeport pour la déforestation et l’expansion débridée de l’agriculture et de l’élevage », a déploré Greenpeace dans un communiqué.

« Les secteurs agricole et de l’élevage célèbrent les progrès obtenus », s’est félicité au contraire la présidente de la Confédération nationale de l’Agriculture, Katia Abreu. « Ce qui est en jeu, c’est la production d’aliments au Brésil, qui soutient l’économie nationale », a-t-elle fait valoir.

Le Brésil est l’un des principaux producteurs et exportateurs au monde de soja, de céréales et de viande mais la déforestation massive a fait du Brésil le cinquième plus grand émetteur de gaz à effet de serre du monde.

Ce vote, contre l’avis du gouvernement, est considéré comme la première défaite de la présidente Dilma Rousseff au parlement. La ministre de l’Environnement, Izabella Teixeira, a prévenu toutefois que Mme Rousseff pourrait mettre son veto aux points les plus controversés du projet de loi.

Le point le plus critiqué légalise les zones forestières déboisées illégalement jusqu’en juillet 2008 et permet l’activité agricole dans des zones sensibles. « C’est un message comme quoi les crimes écologiques ne sont pas punis et cela encouragera les déboisements », a déploré à l’AFP le militant de Greenpeace, Paulo Adario.

Le code forestier de 1965 limite l’usage agricole des terres en obligeant les propriétaires de forêts à en préserver une partie intacte, jusqu’à 80% en Amazonie. Elle protège également des zones sensibles pour l’écologie comme les rives des fleuves, les sommets et les coteaux des collines.

Respecter à la lettre le code forestier signifierait replanter 600.000 km2 de terres – un peu plus que la superficie de la France -, a dit l’auteur de la réforme, le député Aldo Rebelo, qui estime que plus de 90% des propriétés rurales du pays ne respectaient pas les quotas de reboisement exigés par la loi.

« Le code devait être modifié. Il manquait des mécanismes encourageant l’effort de protection des forêts (…) mais on ne devait pas amnistier ceux qui ont déboisé dans le passé », a déclaré à l’AFP Paulo Moutinho, analyste à l’Institut de recherches d’Amazonie. Le Brésil a réussi à ralentir le rythme de la déforestation de l’Amazonie depuis 2004 mais la semaine dernière, une hausse spectaculaire est intervenue au moment où le parlement examinait le code forestier et un cabinet de crise contre la déforestation a été mis en place à Brasilia.

Publié dans:AMERINDIENS |on 6 juin, 2014 |Pas de commentaires »

Devenir Chamane, comment ?

Une chamane en laboratoire :

Conférence exceptionnelle de Corine Sombrun autour de son parcours

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Comment une parisienne peut-elle devenir chamane sans l’avoir voulu ? C’est ce qui arrive à Corine Sombrun voici 13 ans, lors d’un reportage qu’elle effectue en Mongolie. Sans comprendre, alors qu’un chamane joue du tambour devant elle, elle réagit violemment, jusqu’à perdre le contrôle de ses mouvements. Elle vient d’entrer en transe. Cette expérience bouleversante la conduit à se lancer dans un apprentissage de huit années, au terme duquel elle devient la première occidentale à accéder au statut de Udgan, terme mongol désignant les femmes ayant reçu le « don » puis la formation aux traditions chamaniques mongoles. 

Corine s’engage parallèlement dans une recherche scientifique : grâce à sa capacité à entrer en transe par la seule volonté, elle collabore avec différents chercheurs dans le but de découvrir les mécanismes physiologiques liés à cet état de transe et son influence sur le fonctionnement des hémisphères cérébraux. Ces découvertes en neurosciences, assez stupéfiantes, permettent-elles un autre regard sur les mondes invisibles dans lesquels voyagent les chamanes ? 

Corine Sombrun est devenue chamane par surprise, lors d’un reportage en Mongolie, en 2001. Dans ce pays aux confins de l’extrême Orient, les chamanes accèdent à la transe grâce au son d’un tambour. Un son auquel, lorsqu’elle l’entend pour la première fois, Corine Sombrum réagit violemment, jusqu’à perdre le contrôle de ses mouvements. Aussi surpris qu’elle, le chamane Balgir devant lequel Corine vient de vivre cette première expérience, lui annonce qu’elle est, elle aussi… chamane. Entre stupeur et évidence, Corine va suivre cette voie et passer désormais plusieurs mois par an à la frontière de la Sibérie, auprès de Enkhetuya, chamane de l’ethnie des Tsaatans, chargée de lui transmettre cette connaissance.

Après huit années d’apprentissage, elle devient la première occidentale à accéder au statut de Udgan, terme mongol désignant les femmes ayant reçu le « don » puis la formation aux traditions chamaniques mongoles. 

Mais Corine s’interroge, et n’a de cesse de vouloir comprendre ce qu’elle vit en termes scientifiques, avec un regard autant que possible dégagé des interprétations culturelles. Grâce à son expérience dans la pratique de la transe et à sa capacité à l’induire par la seule volonté, elle collabore notamment depuis 2006 avec différents chercheurs dans le but de découvrir les mécanismes physiologiques liés à cet état de « transe » (état de conscience volontairement modifié) et à son influence sur le fonctionnement des hémisphères cérébraux. Les premiers résultats (obtenus en 2007 par analyses d’EEGs sous la direction du Pr. Flor-Henry / Alberta Hospital – Canada) ont montré que cette transe chamanique, dont les mécanismes d’action sur le cerveau restent inconnus, modifiait effectivement les circuits du fonctionnement cérébral. En repoussant les limites des connaissances actuelles, ces résultats ont ouvert de nouvelles perspectives et sont à l’origine du premier protocole de recherche sur la transe chamanique mongole étudiée par les neurosciences. Une tentative d’exploration des phénomènes liés aux capacités du cerveau humain et des fondements neuronaux de la conscience. Ces recherches permettent-elles de mieux comprendre ce qu’est le chamanisme ? C’est ce que nous allons découvrir avec cette femme étonnante. 

Le chamanisme est présent sous diverses formes sur l’ensemble de la planète, depuis des millénaires. Mais que désigne ce terme précisément ? Connaissance traditionnelle ? Religion primordiale ? Le rapport avec les esprits est au cœur du chamanisme, qu’il soit mongol ou amazonien. Qu’appelle-t-on esprit ? Est-ce que les esprits existent ? Corine Sombrun les a-t-elle déjà rencontrés ? Qu’est-ce que l’âme ? Le fractionnement d’âme cause parfois, pour les chamanes, des maladies et des troubles psychologiques. Que fait Corine Sombrun lorsque, en transe, elle répare une âme, ou enlève un sort ? Les recherches en neurosciences permettent-elles un autre regard sur les mondes invisibles dans lesquels voyagent les chamanes ? Ces recherches apportent-elles des indications sur la réalité de ces mondes ? Entre connaissances millénaires et neurosciences, l’INREES vous invite a porter un autre regard sur le chamanisme avec Corine Sombrun.

couvmax_1116Les livres incontournables à découvrir : 

Les esprits de la steppe
Par Corine Sombrun

.Résumé :   Corine Sombrun rencontre Enkhetuya, chamane du peuple Tsataan, au nord de la Mongolie, à l’orée des années 2000. Cette femme à la personnalité exceptionnelle, qui vit encore dans un univers autarcique où, de génération en génération, on élève des rennes et on respecte les esprits de la nature, va lui transmettre un enseignement millénaire fait de rites et de cérémonies, gardiens de l’harmonie du monde. Tout en évoquant l’enfance d’Enkhetuya, née en 1957 en pleine taïga, son dur apprentissage de chamane dans une République populaire qui en interdit la pratique, ce récit passionnant retrace l’histoire d’un peuple de nomades qui a vécu comme à l’aube de l’humanité pour basculer il y a peu dans l’ère du marché planétaire. Corine Sombrun appartient à cette lignée rare d’écrivains qui placent l’esprit humain et ses facultés largement inexploitées au coeur de leur recherche ; elle poursuit ici une quête initiée avec le Journal d’une apprentie chamane. Pianiste et reporter pour BBC World Service dans une autre vie, Corine Sombrun a raconté dans ses précédents ouvrages ses incroyables aventures en Amazonie {Journal d’une apprentie chamane) et en Mongolie, où les esprits de la steppe l’ont adoubée chamane à son corps défendant {Mon initiation chez les chamanes, Les tribulations d’une chamane à Paris). Son dernier livre, Sur les pas de Geronimo, bientôt traduit aux États-Unis, retrace sa rencontre avec Harlyn Geronimo, et le combat exemplaire de son grand-père. Elle est également à l’origine du premier protocole de recherche sur la transe chamanique mongole étudiée par les neurosciences en collaboration avec des chercheurs français et nord-américains.

Publié dans:ESPRITS |on 6 juin, 2014 |Pas de commentaires »

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