Sexe et spiritualité ça s’apprend

 

 

images (6)L’homme « intégré » est-il totalement affranchi du désir sexuel ?

Afin de répondre à cette question, plusieurs mises au point sont nécessaires. Disons immédiatement que dans la mesure où nous réalisons l’état d’amour véritable nous sommes libres de tous désirs. Cette libération qui se situe d’abord sur le plan psychologique finit par se matérialiser sur le plan physique. Il est évident qu’un homme « intégré » est totalement libre de la question sexuelle. L’activité sexuelle pour lui n’est plus un problème. Ceci ne signifie pas nécessairement qu’un tel homme vive une vie complètement chaste. Nous définirons exactement ce que nous pensons à ce sujet en invoquant à l’appui de notre point de vue certaines citations de Krishnamurti. En cette matière, l’opinion du psychologue indou diffère assez de la plupart des mystiques d’Orient. 

L’état d’intégration se manifeste par une convergence progressive de toutes les énergies psychologiques vers le cerveau et le cœur. Cette convergence entraîne une sublimation progressive des énergies sexuelles qui subissent de ce fait une diminution de leurs exigences. « Le désir de sensations tue l’amour », nous dit Krishnamurti. Pourquoi la recherche de sensations sexuelles domine-t-elle la plupart des esprits de l’époque actuelle ? 

A cette question Krishnamurti répondait :

« Après tout, quand il n’y a pas d’expression créatrice vivante, nous attachons une importance exagérée au sexe qui devient un problème aigu. La question n’est pas de savoir quelle suggestion je pourrais donner, ni de savoir comment dominer la passion, le désir sexuel, mais de savoir comment libérer cette vie créatrice et non pas s’attaquer simplement à un de ses aspects qui est le sexe. En somme il s’agit de comprendre la totalité, la plénitude de la vie. 

Dans votre travail vous êtes empêchés de vous exprimer vous-même fondamentalement, d’une façon créatrice, par les circonstances, par votre condition, donc il vous faut une issue et cette issue devient le problème sexuel… Vous n’avez aucune possibilité de vous exprimer réellement vous-même et vous donnez une importance anormale à des choses qui doivent être normales ». 

Ce texte indique clairement notre point de vue. Le sexe est devenu pour la plupart un problème tellement écrasant que nous ne pouvons concevoir la possibilité d’une vie sexuelle chez l’homme intégré. Nombreux sont ceux qui parleraient de trahison en apprenant qu’un homme de réputation « intégré » aurait une vie sexuelle. Nous pourrions poser la question d’une autre façon. L’acte sexuel, est-il un bien ou un mal pour l’homme « intégré » ? 

Nous avons dit ailleurs que rien n’est à priori bon ou mauvais. Ce qui détermine le caractère positif ou négatif, bon ou mauvais d’une chose, dépend non de cette chose en elle-même, mais de la façon dont nous l’utilisons. Tout dépend de notre attitude mentale, de notre intention. Il s’agit d’examiner quels sont les mobiles profonds qui président à l’acte sexuel. Sont-ils fait de mille complexes érotiques qui encombrent le mental? Sont-ils la manifestation d’une intense passion émotionnelle ? Sont-ils l’expression irrésistible d’une habitude sensuelle dont l’absence nous torturerait ? Sont-ils la manifestation d’un désir de puissance, d’une soif de domination, d’une avidité possessive ? L’acte sexuel ne serait-il seulement que le résultat de tous ces complexes psychologiques ? Dans ce cas, l’homme « intégré » se trouverait automatiquement dans l’incapacité de procréer, par le fait que son « intégration » le libère de façon définitive de tous les mobiles auxquels nous venons de faire allusion. 

La véritable pureté ne réside pas seulement dans l’attitude extérieure d’une chasteté parfaite.

Le « péché » dans l’amour ne se trouve pas au niveau sexuel, mais au niveau mental. Nous employons évidemment le terme « péché » péjorativement. Le « péché » en amour se trouve précisément là, où personne ne pense à le situer. Le péché en amour réside dans l’attachement.

Voilà qui scandalise nos concepts de moralité traditionnelle ! Mais avant de nous émouvoir des suites soi-disant « désastreuses » d’une telle façon d’envisager les choses, examinons le problème de plus près. Nous savons qu’à l’échelle amoureuse ordinaire la profondeur d’un sentiment se mesure par l’attachement réciproque des amants. Mais nous entrevoyons ici une étape ultérieure réclamant un certain dépassement des niveaux précédemment acquis. 

Nous pourrions dire, en reprenant le langage de Sri Aurobindo que « l’attachement fut une aide » mais que l’attachement est l’entrave. Que signifie exactement pour nous, ce terme « attachement ». Par lui nous désignons précisément tous les complexes mentaux d’auto-identification, image de l’être

aimé, projections mentales érotiques, réminiscences mémorielles de voluptés passées déterminant l’appel des désirs futurs, complexes émotionnels libidineux, dépendance et désir de dépendance, complexes d’auto-identification possessifs, assouvissement d’un instinct de puissance, etc., etc.

Tels sont les éléments essentiels du « péché » dans l’amour. 

Nous nous excusons de citer une fois de plus Krishnamurti à ce sujet, mais il se trouve être — à notre connaissance en tous cas le seul à partager le point de vue que nous développons ici. 

Nous lisons (Krishnamurti, conférences Madras-Bénarès 1947-49 p. 334 et suivantes) :

« La chasteté n’est pas le produit de l’esprit, elle n’est pas engendrée par la discipline, elle n’est pas un idéal à atteindre. L’esprit qui s’efforce de devenir chaste, n’est pas chaste…  Voyons pourquoi pour la plupart d’entre-nous, le sexe est devenu un problème, et aussi comment il est possible d’aborder intelligemment les exigences sexuelles et de ne pas les transformer en problème ? 

 Qu’entendons-nous par sexe ? Est-ce simplement l’acte physique, ou la pensée qui excite, stimule et prolonge l’acte ? Assurément, la sexualité relève de l’esprit ; et de ce fait, elle doit chercher son accomplissement, sinon il y a frustration… Ne devenez pas nerveux ; vous voilà brusquement tendus, je le vois. Parlons de cela comme s’il s’agissait d’un autre sujet. Plus un problème est complexe plus il exige de clarté de pensée et plus nous devons l’aborder simplement et directement ». 

La majeure partie de nos avidités sexuelles prend naissance dans l’esprit. Dans l’état d’amour véritable, il y a cessation de tout processus d’auto identification, de toute soif de dominer, de toute recherche de sensation. La sérénité parfaite du mental de l’homme intégré l’affranchit par conséquent de tous les problèmes posés par le sexe et diminue considérablement le rythme des exigences sexuelles. 

Si un tel être est totalement détaché, cette libération de tout attachement ne pourrait aucunement engendrer une licence quelconque. « La licence n’est pas chaste », nous dit Krishnamurti (Madras-Bénarès, p. 234), « elle conduit à la dégradation et à la misère ». Autrement dit, il est certain que dans la mesure où un homme approche de son intégration, les appels de la vie sexuelle diminuent de façon considérable, la source psychologique qui les détermine en grande partie étant tarie. Il est même très probable qu’au bout d’un certain nombre d’années la vie sexuelle s’éteigne totalement chez la plupart des êtres « intégrés ». N’existe-t-il pas en cette matière un critère en vertu duquel nous pourrions savoir ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas ? 

Dans la mesure où l’homme approche de son intégration, il se libère précisément de tous les critères. Ne cherchons pas si loin. La solution du problème est bien plus simple et plus proche. Si la réalisation de cette intégration est pour nous véritablement essentielle, nous remarquerons qu’une transmutation spontanée et progressive des énergies sexuelles s’opère en nous. Notre sensibilité s’affine considérablement et par elle nous accédons à des perceptions de plus en plus élevées, de plus en plus profondes qui nécessitent un bon équilibre de notre structure physique et nerveuse. Nous constatons en général qu’à cet échelon évolutif de notre être, les rapports sexuels constituent une dépense d’énergies physiques et nerveuses considérables dont l’abus perturberait immédiatement nos facultés de sensibilité et d’attention supérieures dont le rôle est éminemment précieux. 

« Plus vous éprouverez de plaisirs, plus vous vous émousserez », nous dit Krishnamurti (Madras-Bénarès, p. 202). Envisagé sous cet angle, le problème consiste simplement à veiller au bon équilibre physique et nerveux par une hygiène sexuelle de plus en plus sévère. Il s’agit en cette matière, d’un processus de discernement purement individuel dépendant non seulement d’une nouvelle optique spirituelle mais aussi de notre constitution physiologique propre. 

EXTRAIT de : L’Amour Humain  A L’Amour Divin de Ram LINSSEN -  Editions ETRE LIBRE 1953 –  

 

Publié dans : SEXUALITE |le 29 avril, 2014 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 2 septembre, 2018 à 12:10 Emmanuel BELLANGER écrit:

    Bonjour,

    Je vous remercie pour cet article très éclairant sur l’élévation spirituelle et sur ses conséquences sur le plan sexuel : une forme d’allègement du désir impérieux d’assouvir les besoins sexuels chez l’homme, si je résume la chose…

    Moi-même, étant en grande souffrance existentielle depuis l’enfance, j’ai du apprendre à rechercher la Lumière de plus en plus intensément pour échapper à une condition qui aurait pu être suicidaire.
    Aujourd’hui, je ressens très bien ce que décris l’article et je reste très attaché à l’image de la Mère Universelle (par Marie), tout en gardant un fantasme, plutôt enfantin que sexuel réellement, sur des très gros seins protecteurs qui m’enveloppent et font disparaître en quelque sorte ma souffrance d’enfant battu, humilié et j’en passe…
    Je ne cache pas que je crée de temps en temps des occasions de vivre cela, et cela reste très prégnant dans ma vie, comme un fil conducteur qui ne change pas vraiment, si ce n’est que je trouve des moyens spirituels pour recréer la même impression d’enveloppement sur le plan vibratoire, avec Marie bien évidemment, mais aussi la Nature et bien d’autres choses… Ce qui relativise du même coup la « version charnelle » du même besoin…

    Etant un fervent admirateur de Krishnamurti (et de Frithjof Schuon en passant), je me demande si vous avez quelques éclairages à me suggérer sur le sujet ?

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