la pyramide de Dieu

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     Représentez-vous une pyramide, infinie par sa base. Cette pyramide figure l’entendement de Dieu, qui pense tous les mondes possibles, classés par ordre de perfection, le meilleur occupant le sommet – il est l’unique en son genre ; quand au plus mauvais, il n’y en a pas : on fait toujours pire, aussi la pyramide n’a-t-elle pas de base. Celui qui occupe la place la plus élevée, c’est celui-là que Dieu a fait passer à l’existence, dans sa suprême bonté. En dessous, une infinité d’autres mondes possibles contiennent les mêmes êtres, les mêmes hommes ; mais qui ont choisi d’agir différemment ; car l’homme est libre, et le monde que Dieu a choisi de créer tient compte de cette liberté; ce n’est donc pas un monde « bon », c’est seulement, si l’on peut dire, le meilleur possible.

Dans ces mondes possibles qu’il aurait pu créer, tout se passe donc différemment, et notamment, certains actes et certains hommes ne sont pas aussi mauvais que dans le meilleur… dans tel monde, Adam ne pèche pas ;  Sextus Tarquin, le roi de Rome qui viola la vertueuse Lucrèce, ne la viole pas, et mène une vie honnête ; les crimes que l’histoire nous apprend qu’il a commis, il pouvait ne pas les commettre, et dans ces mondes possibles, il ne les commet pas : il faut bien se représenter ce monde, car Adam et Sextus était libres, et ces mondes étaient possibles. Alors pourquoi Dieu n’a-t-il pas choisi ces mondes-là plutôt que le nôtre? Pourquoi, en un mot, a-t-il permis le mal ? La réponse est qu’il a fait choix du meilleur monde possible, et que du point de vue du tout, qui est, on en conviendra, celui de Dieu, tel péché contribuait à renforcer la beauté et l’excellence de l’ensemble : une dissonance bien placée vient relever la beauté de l’accord qui la résout. Ainsi le péché d’Adam ouvrait la voie à la grâce de la rédemption, le crime de Sextus, le dernier roi de Rome, met fin à la monarchie et prépare une grande civilisation. Le mal apparent se résorbe dans un plus grand bien qu’il permet. Dieu est absous. Pénétrons donc, avec le grand sacrificateur Théodore, sur l’invitation de Pallas, la déesse de la sagesse, dans ces appartements inférieurs des mondes possibles. Visitons, par exemple, celui de notre Sextus. O merveille : chaque appartement est un monde à lui tout seul, car la notion de chaque homme enveloppe le monde entier auquel il participe et qu’il modifie en fonction de ses choix.

Nous y voyons un des Sextus possibles, portant un numéro sur son front, qui agit tout différemment du Sextus réel. Dans cet appartement se trouve un grand livre, qui contient, dit la Déesse, « l’histoire de ce monde où nous sommes maintenant en visite : c’est le livre de ses destinées. Vous avez vu un nombre sur le front de Sextus, cherchez dans ce livre l’endroit qu’il marque. Théodore le chercha, et y trouva l’histoire de Sextus plus ample que celle qu’il avait vue en abrégé. Mettez le doigt sur la ligne qu’il vous plaira, lui dit Pallas, et vous verrez représenté effectivement dans tout son détail ce que la ligne marque en gros. Il obéit, et il vit paraître toutes les particularités de la vie de ce Sextus. On passa dans un autre appartement, et voilà un autre monde, un autre livre, un autre Sextus… On allait de chambres en chambres, on voyait toujours de nouvelles scènes ».

Essais de Théodicée. Garnier-Flammarion. Par Leibniz  

Publié dans : PYRAMIDE |le 21 janvier, 2014 |Pas de Commentaires »

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