Que dire aux personnes en fin de vie ?

 

par Dr Hervé Mignot, fondateur d’EKR-France dans l’article intitulé Elisabeth Kübler-Ross : elle a apprivoisé la mort

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Mais que leur dit-elle exactement ? Rien, répond-elle ! Elle ne fait que les écouter, eux si isolés dans leur souffrance, plongés par les soignants et leur entourage dans un silence pesant. Elle les questionne : “Que pensez-vous de votre maladie ? Que vous ont dit les médecins ?
Allez-vous guérir ? L’avenir vous fait-il peur ?

Que ressentez-vous ?” Ces questions ouvertes permettent aux malades de rompre la conspiration du silence et de s’épancher. Un jour, un groupe de futurs pasteurs frappe à sa porte. Un de ces jeunes gens lui dit : “Dans notre prochain ministère, nous allons devoir accompagner les fidèles aux portes de la mort ; or, nous ne connaissons rien de cet événement et ne savons pas comment nous y prendre ; pourriez-vous nous former ?” Elle propose à ce groupe d’étudiants de réaliser des entretiens et d’en consigner le contenu. Elle repère donc des patients en fin de vie dans les services du Billings Hospital de Chicago où elle exerce, et leur soumet cette proposition. La plupart accepte. Elisabeth mène l’échange en informant les patients que derrière ce miroir sans tain se tiennent les étudiants qui prennent des notes. Plus de deux cents interviews seront ainsi consignées. Elisabeth en vient à décrire le parcours psychologique des malades en fin de vie en révélant plusieurs stades de leur cheminement : le choc à l’annonce du diagnostic, le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Elle rédige un ouvrage qu’elle intitule Les Derniers Instants de la vie (Éd. Labor et Fides). Elle le dépose chez un éditeur.

En même temps, une journaliste du célèbre Life Magazine qui a entendu parler d’elle vient assister à ses consultations. Ne souhaitant pas être mise en exergue, elle désigne à cette journaliste une jeune femme leucémique qui relatera son parcours psychologique et la nature de ses entretiens avec Elisabeth. Le magazine décide de mettre ce sujet à la une et son livre sort. Nous sommes en 1969. C’est un formidable succès. Un raz de marée atteint Elisabeth, sollicitée de toute part pour prendre la parole ; des sacs entiers de courrier lui parviennent des mois durant, qui mobilisent tout son entourage afin que chaque lettre reçoive une réponse. Le destin a basculé. Jamais plus Elisabeth ne sera anonyme.

Ses confrères n’apprécient que peu ce succès soudain qui ne met pas leur médecine en valeur. Quant au Billings Hospital, il s’insurge contre cette mauvaise publicité faite à l’établissement sensé être un modèle de soins… et de guérison : on ne meurt pas à l’hôpital ! Leur collaboration finira donc là.

Une révolution tranquille se déroule alors dans les couloirs feutrés des hôpitaux. Au seuil de la mort, l’homme malade et ceux qui se sont donnés pour mission de les accompagner ne sont plus seuls. Les soins palliatifs sont en marche. L’accompagnement devient le maître mot de cette nouvelle discipline qui vient remettre la mort à sa place : dans la vie. Des groupes de travail se constituent, des unités de soins palliatifs, des hospices, des services de soins à domicile se développent, animés de cette nouvelle philosophie.

Une longue fin de vie

Elisabeth mettra huit ans à mourir, handicapée, installée dans un lit médicalisé, entourée d’une chaise percée et d’un déambulateur. Septuagénaire, retirée en plein désert arizonien au milieu des cactus, des serpents, des coyotes et des oiseaux cardinaux aux couleurs chatoyantes, son totem indien et un tepee toujours plantés devant sa maison, servie par une indienne consciencieuse, Elisabeth offre le spectacle d’une grand-mère bien banale, souvent tyrannique, qui maudit le ciel de ne pas la rappeler. Des visiteurs affluent toujours dans le désordre invétéré qu’elle a su reconstituer dans sa maison remplie de talismans. Qu’un journaliste vienne, qu’une caméra la filme, aussitôt elle se redresse et retrouve sa verve : “Il faut protéger la terre ; le xxie siècle verra l’avènement des femmes ; les hommes devront s’ouvrir à la spiritualité et à l’amour inconditionnel.” Ses yeux brillent. Le ressort n’est pas cassé ; c’est là son drame ! Elle a encore envie d’écrire et publie durant ces années Mémoires de vie, mémoires d’éternité (Éd. Lattès et Pocket) et La mort est une question vitale (Éd. Albin Michel et Pocket). Elle accepte de refaire un travail personnel avec un thérapeute. Il l’aide à apprendre la patience, à se détacher, à accepter que les choses soient comme elles sont. Elle entame l’écriture d’un dernier livre, On grief and grieving, et à peine la dernière page écrite, meurt chez elle, entourée des siens, à l’âge de soixante dix-huit ans. Nous sommes le 24 août 2004. “On ne peut quitter cette terre tant que l’on n’a pas fait tous ses deuils”, disait-elle. Elle n’aura pas échappé à ce sort qui, pour elle, aura été un travail d’Hercule.

Site d’EKR-France : Issu du site http://www.cles.com

 DISCOURS SUR LA MORT ICI ………

Publié dans : La MORT |le 21 novembre, 2013 |Pas de Commentaires »

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