La peur de soi-même

 

Respect et affirmation de soi

Pour imposer le respect aux autres, il convient déjà de se respecter soi-même. Donc de s’accorder une juste valeur, ni trop basse ni trop haute. Hélas, complexes et craintes héritées de l’enfance poussent souvent à se mésestimer.

Isabelle Taubes

  • On peut avoir peur de soi-même. Les passions, échappant à la volonté, on peut avoir l’impression d’être un autre. Freud montrera que l’homme est dirigé par son inconscient]
  • [Il est aussi absurde d'avoir peur de soi-même que d'avoir peur de son ombre. La connaissance de soi est le meilleur moyen pour ne plus se craindre soi-même. L'homme, grâce à sa volonté, peut maîtriser ses passions.] 
  • Une dévalorisation précoce

La peur de soi-même dans PEUR image-116-300x186Dans cette société qualifiée par le psychanalyste Jean-Claude Liaudet d’« hypernarcissique et irrespectueuse des êtres », nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Comment l’individu hors normes, trop petit, trop gros, trop maigre, trop vieux, oserait-il faire entendre sa voix, protester et affirmer une valeur qu’il a déjà du mal à s’accorder à lui-même ? Face au sentiment de se faire « marcher sur les pieds » par un enfant, un collègue ou un inconnu, la personne issue d’un milieu dévalorisé, convaincue de son infériorité, se taira ou, au contraire, exigera maladroitement, agressivement, d’être respectée. Et peu importe si cette sensation repose sur un simple malentendu, pour un regard ou un mot mal compris…

Notre capacité à réagir, à nous imposer – ou non – repose en effet sur nos complexes et nos craintes les plus intimes. Car, pour inspirer le respect, pour oser s’affirmer, il convient déjà de se respecter soi-même. La peur de déplaire, le sentiment de ne pas valoir grand-chose peut pousser quelqu’un à subir sans réagir les remarques désobligeantes de son entourage ou à demeurer avec un partenaire grossier.

Une dévalorisation précoce

Ces difficultés à s’affirmer remontent généralement à l’enfance, aux premières années où le moi et l’estime de soi se construisent. Il n’existe pas de recette miracle pour permettre à un individu d’avoir conscience de sa valeur et de son droit au respect. En revanche, avec un enfant, toutes les petites phrases dévalorisantes qui vont parfois le marquer à vie (« Tu n’es qu’un bon à rien », « Tu n’arriveras jamais à rien »…) doivent être bannies. Même si « cela ne signifie pas qu’en s’interdisant d’humilier l’enfant, de se moquer de lui, ses parents en feront un ado puis un adulte sans complexes, tempère le psychanalyste Gérard Louvain. Un enfant peut aussi manquer de confiance en lui car il est identifié à un père ou une mère méprisé par l’autre parent. De plus, certains parents brillants, doués, sûrs d’eux refusent inconsciemment de servir de modèle : ils voient en leur fils ou leur fille des rivaux ne devant surtout pas les égaler ».

Lui répéter qu’il est merveilleux l’expose à se prendre de plein fouet les démentis du réel. Quant aux malentendus autour de la fameuse idée de Françoise Dolto – « l’enfant est une personne », une phrase trop souvent interprétée comme : « L’enfant est un adulte miniature qui sait ce qu’il lui faut, laissons-le s’exprimer » –, ils ont produit des dizaines de milliers d’enfants privés de repères. Car livré à ses pulsions, loin d’apprendre à s’autonomiser et à s’affirmer, l’enfant risque au contraire d’osciller entre mégalomanie et basse estime de soi, sans jamais apprendre à se connaître et à s’affirmer à bon escient. « C’est exactement le phénomène auquel nous assistons actuellement, remarque Gérard Louvain. D’un côté, nous voyons des ados et des jeunes adultes incapables de supporter la moindre frustration, le plus petit retard dans la satisfaction de leurs envies, de se séparer de leur téléphone portable pour se concentrer sur une leçon d’anglais… Et de l’autre, nous recevons de plus en plus de jeunes souffrant de phobies scolaires, qui ne savent pas se situer tellement ils sont terrifiés par les autres. »

À la différence de la politesse, qui s’enseigne, le respect se transmet. « Ce qui conduit au paradoxe suivant, décrypte Stéphane Clerget : un individu peut être d’une exquise politesse en société et totalement irrespectueux envers sa femme, par exemple. » Pourtant, la bonne nouvelle, c’est que le respect est contagieux. « Brisons la chaîne, propose Stéphane Clerget. Défendons les autres quand nous voyons qu’on leur manque de respect, et nous serons plus à même de le susciter envers nous-mêmes. » Car qui respecte les autres se respecte soi-même. Ce qui est encore la meilleure voie vers l’estime de soi.

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Publié dans : PEUR |le 1 mars, 2013 |Pas de Commentaires »

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